Un nouveau départ pour l’Afrique ? Entretien

Avec Myles Wickstead*, chef du secrétariat de la Commission pour l’Afrique

En septembre, les Nations unies organisent le premier grand sommet afin d’examiner la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), et d’encourager à progresser davantage pour réduire la pauvreté et stimuler le développement avant l’échéance 2015. Un engagement déterminé et des idées neuves sont certainement de mise.

Créée en février 2004 par le Premier ministre britannique Tony Blair, la Commission pour l’Afrique est une innovation. Cette année, l’Afrique sera l’un des thèmes principaux de sa présidence du G8, ainsi que de celle de l’UE au deuxième semestre. La Commission a pour but de renouveler l’image de l’Afrique et de redéfinir le rôle de la communauté internationale dans son développement. Publié le 11 mars, un rapport important formule des recommandations claires pour le G8, l’UE, d’autres pays développés et pour l’Afrique elle-même.

Ce n’est pas la première fois que l’Afrique occupe le devant de la scène. En effet, outre le sommet des Nations unies, 2005 est aussi marquée par le 20e anniversaire de Live Aid. L’organisateur de ce spectacle, Bob Geldof, chanteur dublinois des années 80, est l’un des 17 commissaires pour l’Afrique. C’est aussi le 25e anniversaire du fameux rapport de la Commission Brandt, North-South.

Quels nouveaux espoirs la Commission suscite-t-elle, et comment les concrétiser ? Nous avons demandé à Myles Wickstead*, chef du Secrétariat de la Commission pour l’Afrique, de nous éclairer.

L’Observateur de l’OCDE : En votre qualité de responsable du Secrétariat de la Commission pour l’Afrique, mais aussi d’homme d’expérience ayant longtemps travaillé en Afrique, comment expliquez-vous ce regain d’intérêt pour le continent africain ? En quoi la situation est-elle différente à présent et inaugure-t-elle une nouvelle ère pour l’Afrique ?

Myles Wickstead: À en juger par les signes d’un véritable renouveau et de réels progrès, je crois en effet que l’Afrique entre dans une ère nouvelle. Je fais notamment allusion à la création de l’Union africaine et du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), à l’instauration d’un mécanisme africain d’examens mutuels, à l’élaboration de véritables stratégies de lutte contre la pauvreté, à l’augmentation du nombre de gouvernements élus démocratiquement et à une diminution du nombre des conflits. Toutes ces avancées montrent que l’Afrique prend son développement en main.

Certains facteurs contribuent également à braquer les projecteurs sur elle : la Présidence britannique du G8 et de l’UE, l’examen des Objectifs du millénaire aux Nations unies en septembre, et la reprise des négociations commerciales du Cycle de Doha lors de la Conférence ministérielle de l’OMC qui se tiendra à Hong Kong en décembre. Sans parler, bien entendu, des travaux de la Commission pour l’Afrique. La conjonction de ces événements offre une occasion exceptionnelle de venir en aide à l’Afrique.

Certains ont parlé d’un Plan Marshall pour l’Afrique. Est-ce ainsi que vous qualifieriez les recommandations formulées dans le rapport de la Commission ?

Je ne sais pas si l’utilisation de l’expression « Plan Marshall pour l’Afrique » est vraiment justifiée. S’il s’agit de rendre compte de la nécessité de susciter une mobilisation massive en faveur de l’Afrique, alors elle semble tout à fait appropriée.

Elle ne reflète pourtant pas véritablement la réalité. Le Plan Marshall avait été conçu pour une Europe dévastée par la guerre. Il ne faut pas oublier que l’Afrique d’aujourd’hui a déjà réalisé des progrès indéniables, et que nous devons accompagner cette dynamique. Les recommandations formulées par la Commission pour l’Afrique ne doivent pas être perçues comme une démonstration de générosité de la part de la communauté internationale, et nous devons reconnaître les efforts que l’Afrique déploie pour se redresser.

Certains doutent de la capacité de l’Afrique d’absorber et de gérer une aide croissante, d’autres pensent que les vrais problèmes sont d’ordre institutionnel, et sont dus à la médiocrité des systèmes de gouvernance, notamment à la corruption. Ces aspects sont abordés dans le rapport. Quel est votre point de vue à ce propos ?

Vous avez absolument raison : les problèmes de capacités, de gouvernance et de corruption en Afrique sont importants.

Il est clairement dit dans le rapport qu’idéalement, nous devrions accroître sans délai l’aide extérieure de 50 milliards de dollars US par an, ce qui reviendrait à tripler l’aide actuelle. En raison de l’insuffisance des capacités, nous préconisons de procéder d’abord à un accroissement de l’aide de 25 milliards de dollars par an sur une période de cinq ans à l’issue de laquelle ce chiffre sera doublé si les progrès se poursuivent dans le domaine de la gouvernance et des capacités.

Selon vous, y a-t-il une raison qui explique, plus que toute autre, le sous-développement de l’Afrique ? Ou une telle hypothèse vous paraît-elle trop simpliste, sachant que les causes varient en fonction du lieu et du moment ?

Je pense qu’il est difficile d’attribuer une cause unique au sous-développement de l’Afrique. Il faut tout d’abord reconnaître l’extraordinaire diversité du continent : on observe une telle disparité dans les ressources, le passé et la trajectoire de développement des différents pays qu’il paraît difficile de dégager un seul facteur ou une seule cause qui aurait eu les mêmes effets sur tous les pays.

En outre, le sous-développement des pays africains provient de plusieurs facteurs interdépendants, ce que montre précisément le rapport. On ne peut pas isoler certains problèmes particuliers et les traiter individuellement ; il nous faut appréhender la situation dans son ensemble, qu’il s’agisse de gouvernance, de paix et de sécurité, de santé et d’éducation, ou de la croissance économique et des capacités commerciales de l’Afrique. Il convient également de prêter attention aux contraintes résultant des politiques menées par la communauté internationale et du problème de l’endettement, souvent hérité de longue date de régimes dictatoriaux corrompus.

Vous qui connaissez si bien l’Afrique, quel message voudriez-vous que les pays développés d’une part, et les pays africains d’autre part, retiennent de ce rapport ?

Je tiens à souligner combien il importe d’instaurer un véritable partenariat entre l’Afrique et la communauté internationale. Le NEPAD propose des partenariats sur trois niveaux.

Au premier niveau, il s’agit de partenariats à l’intérieur même des pays africains, entre les pouvoirs publics et les citoyens ; au deuxième niveau, de partenariats entre divers pays et régions du continent ; et enfin d’un partenariat entre l’Afrique et la communauté internationale.

Le rapport de la Commission met l’accent sur le troisième type de partenariat. Il encourage la communauté internationale à soutenir l’Afrique et à lui faire confiance. Il faut pour cela qu’elle gagne cette confiance et que la communauté internationale soit prête à la lui accorder. C’est l’essence même de ce partenariat, dont nous profiterons tous, et la raison pour laquelle le rapport s’intitule « Notre intérêt commun ». Rory J. Clarke

*Myles Wickstead est le chef de la Commission pour l’Afrique depuis sa création par le Premier ministre britannique, Tony Blair, en février 2004. M. Wickstead travaille depuis longtemps en Afrique, et a été ambassadeur de Grande Bretagne (non résident)à Addis-Abeba pour l'Éthiopie et Djibouti de 2000 à 2004. Il a assumé les fonctions de responsable du British Department Division en Afrique orientale, basé à Nairobi, de 1993 à 1997. Au cours de sa carrière, il a notamment occupé le poste de responsable de l’European Community and Food Aid Department dans l'Overseas Development Administration entre 1990 et 1993 ; de coordinateur du Livre blanc sur le développement publié par le gouvernement britannique en 1997, intitulé « Eliminating World Poverty » ; et a été membre de l'Executive Board of the Counsellor (Development) à Washington DC de 1997 à 2000.

Référence

Commission pour l’Afrique (2005), Notre intérêt commun. Ce rapport peut-être téléchargé ou commandé sur www.commissionforafrica.org/. Le site présente des documents de référence et des réactions d’organisations non gouvernementales.

© L’Observateur de l’OCDE, N°249, Mai 2005




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