PIB et RNB

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Si le classement des pays en fonction de leurs performances peut être un exercice utile et intéressant, il peut aussi induire en erreur, notamment parce que les indicateurs ne rendent pas compte de toute la réalité.

Le PIB est un parfait exemple des confusions que peut engendrer l’interprétation des tableaux de classement. Il constitue, certes, une mesure relativement directe de la production et donne une idée du niveau de prospérité atteint par un pays, à un moment donné de son histoire et comparativement à ses concurrents. Mais il doit être manié avec précaution.

Prenons le PIB par habitant au Luxembourg. Depuis plusieurs années, c’est de très loin le plus élevé de l’OCDE, même par rapport aux États-Unis. Selon les statisticiens, cet écart est en partie dû aux 90 000 travailleurs frontaliers qui viennent chaque jour d’Allemagne, de France, de Belgique et des Pays-Bas, travailler au Luxembourg, souvent dans le secteur lucratif des services financiers. Or, dans les chiffres, ils ne font pas partie de la population luxembourgeoise. Si c’était le cas, le PIB par habitant serait moindre, tout en restant parmi les plus élevés de l’OCDE.

Pour comparer les revenus entre pays, il faut tenir compte des écarts de pouvoir d’achat. Tout voyageur sait que la valeur de 100 dollars US diffère selon le pays où l’on se trouve. Ainsi, si l’on mesure le PIB par habitant au Japon en se basant sur la valeur de marché actuelle du dollar, aux taux de changes normaux, il figure parmi les dix pays les plus riches de l’OCDE. Mais si l’on tient compte des parités de pouvoir d’achat, il passe au 16e rang.

Quant à l’Irlande, elle n’a cessé de progresser dans le classement basé sur le PIB par habitant depuis 1999, et elle fait désormais partie des cinq pays de l’OCDE les mieux classés. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution remarquable, notamment un afflux d’investissements étrangers dans des activités à forte valeur ajoutée. Mais, comme une partie des profits et des recettes générés par ces entrées d’investissements (et de main-d’oeuvre étrangère) revient vers les pays d’origine, l’on peut se demander si le PIB par habitant reflète correctement la richesse réelle de l’Irlande.

Le Revenu national brut (RNB) prend en compte ces flux entrants et sortants. Dans de nombreux pays, ils tendent à s’équilibrer, de sorte que le PIB et le RNB ne diffèrent guère. Mais en Irlande, les sorties de bénéfices et de revenus, effectuées essentiellement par les grandes entreprises multinationales qui y sont implantées, excèdent de très loin les rapatriements de revenus. Ainsi, dans un classement établi en fonction du RNB, l’Irlande se retrouverait au 17e rang. En d’autres termes, alors que les revenus par habitant sont élevés en Irlande, le RNB indique qu’il en subsiste moins dans le pays que ne le laisserait penser le PIB. À titre de comparaison, s’agissant du RNB, le Japon est en 13e position, du fait des importants flux financiers nets provenant des entreprises et des travailleurs implantés à l’étranger.

L’Irlande n’en demeure pas moins l’une des économies les plus dynamiques de l’OCDE, dont le revenu réel net augmente depuis le milieu des années 90. Comparé à la moyenne d’autres pays de l’OCDE dont les statistiques corrigées de l’inflation et des différences de pouvoir d’achat sont disponibles, le PIB irlandais était inférieur de 12 % en 1995, et supérieur de 22 % en 2003. Quant au RNB, inférieur de 20 % à la moyenne en 1995, il dépassait la moyenne de 4 % en 2003, une progression moindre que celle du PIB, mais néanmoins considérable.

Bien entendu, la valeur statistique d’un classement peut diminuer si plusieurs pays sont regroupés, comme c’est le cas dans les graphiques présentés ici. Si le classement aide à évaluer la performance, l’on doit être très attentif au choix de l’étalon de référence et à sa signification.

Références

Pour des résultats plus détaillés, consultez : Parités de pouvoir d’achat et dépenses réelles : année de référence 2002, (Édition 2004).

Pour plus d’information sur les PPA, voir www.oecd.org/std/ppp.

©L’Observateur de l’OCDE n° 246/247, décembre 2004-janvier 2005




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