Observateur OCDE

Vers une stratégie de l'innovation

Secrétaire général de l’OCDE

L’histoire du progrès humain est aussi celle de l’innovation, et les pays de l’OCDE redécouvrent ce que cela implique pour l’économie mondiale. Prenons l’exemple des États-Unis. Depuis deux décennies, la plus grande économie du monde repousse les frontières du progrès technologique. Mais que ce soit dans les technologies de l’information, les produits pharmaceutiques ou les biotechnologies, les États-Unis savent qu’ils doivent continuer à innover pour rester au premier rang.

C’est le cas pour toutes les économies de l’OCDE, petites ou grandes, qui se sont transformées grâce à leur rôle dans la chaîne mondiale de l’innovation.

Prenons également la Chine, dont les récentes aventures spatiales nous rappellent non seulement sa réémergence en tant que puissance mondiale, mais aussi son histoire en matière d’avancées technologiques. La Chine a inventé l’humble brouette, la puissante presse typographique et bien d’autres choses. Aujourd’hui, ses entreprises de communications rivalisent avec les meilleures, et ses chercheurs s’intéressent aux nanotechnologies et biotechnologies.

Innover, c’est améliorer les communications, soigner les maladies et résoudre les problèmes énergétiques, alimentaires et environnementaux. Mais c’est aussi créer des richesses. Les entreprises actuelles créent de la valeur ajoutée en investissant dans des « actifs intellectuels » plutôt que dans des machines et des équipements. Cela implique davantage d’activités liées aux brevets, de recours aux marques, de droit international, entre autres.

Les pays développés considèrent l’innovation comme un moyen de progresser dans la chaîne de valeur, et de renforcer leur position sur un marché mondial en pleine expansion – ce que le « gourou » des affaires de Harvard, Michael Porter, appelle leur « avantage concurrentiel ». L’idée est attrayante pour les responsables politiques, puisque, contrairement aux avantages comparatifs naturels, l’innovation est perfectible. Cela vaut également pour les pays en développement, qui peuvent utiliser l’innovation comme un vecteur de progrès accéléré. Reste à savoir comment favoriser l’innovation avec succès.

L’innovation transforme une idée en un produit, procédé ou service nouveau et amélioré. Une nouvelle technologie en constitue le résultat visible, mais il existe également des innovations immatérielles, organisationnelles. Ainsi, Amazon a exploité la technologie pour vendre des produits en ligne, mais aussi pour réaliser des gains d’efficience. Des entreprises « traditionnelles », que ce soit dans la restauration rapide, les services financiers ou la construction automobile, ont également transformé leur mode de fonctionnement.

En bref, le progrès dépend de la manière dont les technologies et les compétences humaines interagissent pour améliorer les procédés et les performances. L’innovation renforce cette productivité totale des facteurs.

Les gouvernements de l’OCDE ont compris ceci et redoublent d’efforts pour stimuler l’innovation, en adoptant des mesures fiscales en faveur de la R-D – les dépenses de R-D ont augmenté d’environ 3 % par an depuis dix ans ! –, en ouvrant le secteur de l’enseignement, en construisant des parcs d’activités internationaux, etc.

Pourquoi alors ces efforts considérables n’ont-ils pas toujours abouti à une croissance plus vigoureuse, notamment en Europe, malgré ses entreprises de pointe ? Que manque-t-il, et comment les gouvernements peuvent-ils faire progresser leurs économies ?

Il semble nécessaire d’établir une stratégie, et c’est ce que les pays membres ont demandé à l’OCDE. Elle offrira un ensemble de mesures et de recommandations interdisciplinaires et complémentaires pour dynamiser les performances en matière d’innovation. La Stratégie de l’OCDE pour l’innovation mettra en avant des pratiques générales ou spécifiquement nationales et fournira des principes directeurs.

Ce travail débouchera sur un rapport présenté aux ministres en 2010, mais certaines grandes lignes sont déjà claires. Ainsi, des économies innovantes et dynamiques aussi différentes que la Finlande et les États-Unis présentent des traits communs : incitations fiscales, renforcement de la recherche publique, ouverture à la R-D étrangère. Elles produisent en quantité des diplômés de haut niveau en science et technologie, formés par des établissements confortablement financés, et bénéficient d’un environnement favorable aux entreprises et de conditions macroéconomiques stables.

Examinons la recherche fondamentale publique. La plupart des innovations sont certes développées dans des entreprises, mais nombre d’inventions essentielles, telles que le Web, sont issues de la recherche publique. Les gouvernements se mobilisent-ils suffisamment pour consolider ce socle de l’innovation ?

La recherche publique devrait assurément étayer celle des entreprises, et non l’évincer. Comme l’a fait valoir Schumpeter, c’est la créativité des entrepreneurs qu’il faut exploiter. En 2005, quatre cinquièmes des chercheurs américains et deux tiers des chercheurs japonais travaillaient en entreprise, mais seulement la moitié dans l’UE. Il y a là matière à réflexion.

Les gouvernements devraient également se demander s’ils favorisent suffisamment la collaboration entre universités et entreprises, et ce pas uniquement sur leur territoire. La coopération transnationale en matière d’inventions et de publications scientifiques progresse rapidement, et les interactions internationales deviennent capitales à l’ère de l’innovation.

De Paris à Pékin, les droits de propriété intellectuelle représentent un défi pour les responsables politiques. Sur le marché actuel, les bonnes idées constituent une denrée précieuse mais fragile, et toute la difficulté est d’élaborer des règles et des licences permettant d’encourager les inventions et leur diffusion tout en renforçant la croissance.

Google et Nokia sont les visages mondiaux de mouvements de fond que d’autres pays peuvent aussi enclencher. Les ingrédients à mélanger peuvent varier en fonction des priorités nationales, mais le cocktail final doit stimuler l’innovation. Une bonne gestion de l’économie n’en reste pas moins fondamentale, car l’innovation ne favorisera guère la croissance si les marchés des produits et du travail sont rigides, ou si les systèmes commerciaux et d’investissement sont fermés. Les marchés financiers doivent également s’adapter à une concurrence évoluant rapidement.

En définitive, l’innovation relève de l’économie politique de la réforme, et l’impulsion politique en est un ingrédient clé. Les États-Unis, la Chine et d’autres ouvrent le chemin, et les autres pays de l’OCDE doivent leur emboîter le pas. La Stratégie de l’OCDE pour l’innovation peut les aider à tenir le cap.

©L’Observateur de l’OCDE n°263, octobre 2007




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