La démographie en Chine : une bombe à retardement

Programme de l'OCDE sur l'avenir

Un cinquième de la population mondiale vit en Chine. Ce pourcentage n’étant guère appelé à évoluer, une incroyable pression démographique s’exercera sur le modèle politique et social chinois.

La Chine illustre à l’extrême les problèmes auxquels les pays qui connaissent une transition démographique rapide seront confrontés dans les décennies à venir. D’après des estimations récentes, la population chinoise devrait atteindre 1,6 milliard d’habitants en 2040, contre 1,2 milliard en 1995. Ensuite, elle devrait retomber en dessous de 1,4 milliard aux environs de 2100. Ce sont là des fluctuations importantes qui touchent 20 % de la population mondiale et qui soulèvent de graves problèmes sur les plans de l’alimentation, de l’emploi, de l’urbanisation et du vieillissement de la population.

Par exemple, en Chine, la production de céréales devra augmenter de 4,47 millions de tonnes par an pour répondre à l’accroissement de la population d’ici à 2020. Pour cela, il faudra améliorer sensiblement la technologie agricole et la gestion des ressources du sol. La Chine devra peut-être porter ses importations de céréales à 40, voire 50 millions de tonnes par an. Mais si elle prend du retard dans le domaine du développement et de la recherche, elle risque de devoir importer des quantités bien supérieures, pouvant atteindre jusqu’à 300 millions de tonnes. Ce serait une bonne nouvelle pour ses principaux fournisseurs tels que les États-Unis et l’Australie, par exemple, mais un désastre pour les populations pauvres du monde entier, notamment celles des zones urbaines, qui devront faire face à une hausse des prix des denrées alimentaires.

Dans le domaine de l’emploi, la population en âge de travailler atteindra les 955 millions d’individus en 2020, contre 732 millions en 1995. L’augmentation massive de l’offre de main-d’œuvre concernera principalement le marché urbain, ce qui posera de graves problèmes sociaux et écologiques, même si, dans un premier temps, les investisseurs pourront profiter d’une main-d’œuvre bon marché. La population en âge de travailler diminuera après 2020 pour atteindre les 800 millions de personnes vers la fin du siècle. Comme la proportion des nouveaux entrants sur le marché sera en baisse, les progrès enregistrés dans les domaines de la formation et des niveaux de qualifications se ralentiront, ce qui entraînera une chute de la productivité.

Le XXIème siècle sera pour la Chine une période d’urbanisation rapide. Avant la fin du siècle, environ 90 % de la population vivra dans les villes, contre 37 % en 1995. En termes absolus, la population urbaine devrait à elle seule passer de 450 millions d’habitants en 1995 à 1,2 milliard en 2060 – soit approximativement la population totale actuelle du pays. Ce quasi-triplement de la population urbaine aura de fortes répercussions sur la construction et la gestion des ressources.

Autre tendance démographique à prendre en compte : le vieillissement de la population. La Chine enregistre, en effet, une chute brutale du taux de fécondité qui se situe en dessous du seuil de reproduction. A Pékin, on ne compte déjà plus que 1,4 à 1,5 naissance par femme. A Shanghai, ce chiffre tombe à 0,96 naissance par femme. En d’autres termes, un nombre croissant de femmes n’ont plus du tout d’enfants. Cette situation entraînera un vieillissement rapide de la population chinoise : d’ici à 2025, l’âge moyen sera de 40 ans alors qu’il n’était que de 27 ans en 1995. A l’évidence, la prise en charge des personnes âgées sera un problème très lourd à gérer pour les autorités chinoises car la famille constitue le seul système de « protection sociale » pour la majeure partie de la population pauvre. Or, en 2025, les parents n’auront guère d’enfants sur qui compter pour subvenir à leurs besoins.

Les effets inquiétants du célibat

De plus en plus de Chinois n’ont qu’un seul enfant et, le plus souvent, ils souhaitent que ce soit un garçon. En réalité, la société exerce de fortes pressions sur les familles pour qu’elles s’assurent que leur futur enfant sera bien un garçon. L’avortement sélectif et l’infanticide à l’encontre des filles sont des pratiques courantes, si bien que le rapport filles/garçons en Chine est totalement déséquilibré. Le problème pour les hommes nés de cette pratique sélective est qu’ils devront payer le prix de ce privilège par une pénurie d’épouses. Cela signifie qu’à terme, il y aura moins d’enfants.

En effet, d’ici à 2020, l’excédent de jeunes hommes entre 20 et 30 ans sera supérieur à toute la population féminine de Taiwan. Ce déséquilibre entre les sexes commencera par s’aggraver avant de s’atténuer. Les avortements sélectifs iront en se multipliant, non seulement pour les deuxième et troisième naissances, mais aussi pour la première. Il en résultera de fortes tensions sociales. De nombreux jeunes hommes devront se résoudre au célibat, situation qui conduit souvent à la délinquance, voire à la dépression et au suicide. Quant aux femmes, elles seront moins nombreuses, mais il n’est pas certain que la situation d’infériorité et d’exploitation dans laquelle elles sont actuellement maintenues s’en trouvera améliorée. Pour avoir des assurances à cet égard, il faudrait renforcer les lois qui interdisent la discrimination et établissent l’égalité des droits des femmes. Les autorités chinoises pourraient aussi renoncer à leur politique de l’enfant unique, et laisser la famille s’agrandir. Cependant, sans une politique de planification familiale et une véritable révolution qui consisterait à reconnaître les droits des femmes, on sera tout simplement ramené au problème initial, à savoir l’accroissement rapide de la population.

L'Observateur de l'OCDE No 217-218, Été 1999




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