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Retraites : revoir nos choix ?

Fiona Stewart, Direction des Affaires financières et des Entreprises

©Dylan Martinez/Reuters

La crise financière a mis les fonds de pension à rude épreuve, et a ébranlé la confiance du public. Comment accroître la sécurité des retraites ?

De tous les événements inattendus, le plus inattendu est la vieillesse, disait Léon Trotski. Le temps passe vite, indiscutablement, et s'il est un événement auquel même les jeunes de l'OCDE doivent se préparer dès maintenant, c'est leur retraite. Or, compte tenu des difficultés rencontrées par de nombreux fonds de pension suite à l'effondrement des marchés financiers en 2008, la mise en place de certains des dispositifs de retraite les mieux conçus a dû être reportée. Il n'est donc pas surprenant que la confiance soit si ténue et que le choix entre régimes publics et privés suscite aujourd'hui un débat aussi vif.

Ces dernières années, nous avons de plus en plus été contraints d'épargner individuellement pour notre retraite. Nous vivons plus longtemps, ce qui est une bonne chose, mais le coût des retraites n'a du coup cessé de s'alourdir pour l'État et les employeurs. Cela signifie malheureusement que les turbulences financières et la crise économique ont eu de profondes répercussions sur les actifs des retraites privées, lesquelles ont, selon l'OCDE, perdu 20 % de leur valeur totale, soit 5,4 billions de dollars. Les pays où le portefeuille des fonds de pension était massivement investi en actions, comme les États-Unis ou l'Irlande, ont été les plus touchés. Sans surprise, l'épargne privée n'inspire plus confiance et certains en appellent à un retour de la « valeur refuge », à savoir la retraite publique.

Un tel revirement comporte cependant de nombreux problèmes et dangers. Premièrement, il faut souligner que les retraites correspondent à un investissement à long terme, et il ne serait guère judicieux de prendre, au vu des résultats d'une année, des décisions qui produiront des effets sur plusieurs décennies. Contrairement aux problèmes liés aux banques et aux assurances, la dévalorisation des actifs de retraite n'a pas de conséquences à court terme pour la majorité d'entre nous et devrait s'inverser avec le temps. Malgré les récessions et l'éclatement des bulles, les portefeuilles équilibrés ont en effet enregistré sur les 25 dernières années un rendement annuel moyen réel de 7 % dans les pays de l'OCDE.

Même s'il est difficile de faire de nouveau confiance aux marchés, se retrancher derrière les régimes publics n'est pas une solution. D'une part, ceux-ci ont également été frappés par la crise, en raison de la montée du chômage et de la baisse des recettes fiscales, qui entraînent une réduction des cotisations et creusent les déficits publics. D'autre part, le vieillissement de la population occasionne un coût, puisque l'augmentation drastique du nombre de retraités par rapport au nombre de salariés va continuer de peser sur les finances publiques. Lorsque la plupart de ces systèmes de retraite ont été instaurés, l'âge de la retraite était fixé à 65 ans. Mais l'espérance de vie était alors aussi de 65 ans. Désormais, on peut passer 30 ans à travailler et autant à la retraite. Les régimes publics ne sont plus la seule solution et pour la majorité des pays, l'avenir est probablement à la combinaison des dispositifs publics et privés. La sécurité passe par la diversité.

Les mécanismes publics doivent néanmoins assurer à chaque citoyen une sécurité satisfaisante. Il faut ainsi veiller à ce que l'effondrement des marchés ne produise pas des effets aussi dévastateurs qu'aujourd'hui en mettant en place une protection sociale adaptée. Ces dispositifs sont désormais bien minces dans certains pays de l'OCDE, et les gouvernements ont introduit des mécanismes, telles les retraites minimum, pour que nul ne soit laissé pour compte.

Quelles autres mesures peut-on prendre afin de protéger des retraites bien méritées ?

Il faut tout d'abord encourager les employeurs à continuer d'assurer des retraites à leurs salariés. L'année dernière, l'encours des dispositifs à prestations définies s'est effondré, d'où la nécessité pour les entreprises concernées d'accroître drastiquement leurs cotisations pour financer ce déficit et assurer le versement des prestations promises. Or, ces entreprises souffrent elles aussi des difficultés financières actuelles. On ne peut à l'évidence leur imposer de verser des retraites trop élevées, au risque de les acculer à la faillite - c'est pourquoi les pays de l'OCDE ont fait preuve d'une flexibilité bienvenue concernant les règles de financement et les délais pour rétablir l'équilibre financier en matière de retraites.

Il convient également de remédier aux carences des dispositifs de retraite à cotisations définies, dans lesquels les particuliers subissent les conséquences du repli des marchés. À l'image d'autres investisseurs, les gestionnaires des fonds de pension avaient tout intérêt à maximiser les rendements en investissant dans des produits de base ou des fonds d'arbitrage (hedge funds), ainsi que dans des instruments financiers innovants. Le fait qu'ils aient pu ainsi exposer l'épargne de vies entières en dit long sur ces gestionnaires, mais aussi sur la négligence des administrateurs fiduciaires et des conseils d'administration. Cette logique de court terme et une gouvernance défaillante ont mis en péril les investissements à long terme. L'objectif était de réaliser des profits rapides, et non des rendements modérés et stables. Assurément, la gouvernance des fonds de pension doit être améliorée, en exigeant des gestionnaires qu'ils aient les compétences requises pour comprendre parfaitement les produits dans lesquels ils investissent.

En tant que particuliers, nous devons également nous intéresser de plus près à nos placements, ce qui nécessitera une amélioration de l'éducation financière du grand public ; l'OCDE souhaiterait que ce point soit abordé dans les réformes à venir.

Il est aussi possible d'aider les personnes proches de la retraite, les plus touchées par la crise financière, en les faisant automatiquement passer à des investissements moins risqués à mesure qu'elles vieillissent. Les contraindre à convertir leur capital en rente à un moment précis risque de les condamner à percevoir de faibles revenus durant toute leur retraite, comme ce fut le cas pour ceux qui ont eu le malheur de partir en retraite à la fin de l'année écoulée, au plus bas du cycle. Il serait préférable d'associer des retraits « programmés », une fraction des avoirs étant retirée chaque année, à une rente « différée », qui serait versée à un âge plus avancé.

Il n'y a pas lieu de désespérer. La majorité des fonds de pension était très peu exposée aux actifs « toxiques », et moins de 3 % ont été durement touchés. À l'instar des investissements à long terme, la plupart d'entre eux se redresseront à mesure que la confiance reviendra. L'action menée doit donc être visible et bien ciblée. Si nous voulons que les systèmes de retraite publics et privés contribuent à relever de concert les défis à venir, les gouvernements doivent faire en sorte que les régimes privés soient à la hauteur des attentes futures.

Le risque zéro n'existe pas, mais une vigilance accrue et une gestion plus avisée, couplées avec l'élargissement de la gamme des supports d'investissement et la transparence sur les placements choisis, permettraient en partie de redonner des couleurs aux régimes de retraite et de mettre les futurs retraités en meilleure posture. Trotski avait peut-être raison quant à la vieillesse, on ne saurait pour autant refuser à quiconque une retraite gagnée au prix de longs efforts.

Pour plus de précisions sur les travaux de l'OCDE relatifs aux retraites, contactez Fiona.Stewart@oecd.org ou Edward.Whitehouse@oecd.org

Références

  • OCDE (2009), Panorama des pensions, ISBN 9789264063464 ; voir aussi l'édition 2007.
     
  • Antolín, Pablo et Fiona Stewart (2009), « Private Pensions and Policy Responses to the Financial and Economic Crisis », Documents de travail de l'OCDE sur l'assurance et les pensions privées, n° 36, Paris. Disponibles sur www.oecd.org/daf/pensions

Voir les travaux de l'OCDE sur les retraites sur www.oecd.org/els/social/vieillissement   

Voir aussi le site de la Direction de l'Emploi, du Travail et des Affaires sociales sur www.oecd.org/els-fr

©L'Observateur de l'OCDE n° 273, juin 2009




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