Comment faire face à la pénurie d’enseignants?

Direction de l'Education, de l'Emploi, du Travail et des Affaires Sociales

L'enseignement et la formation sont les piliers de la société fondée sur le savoir. Mais aurons-nous à l’avenir assez d’enseignants de qualité pour les dispenser ? Ou la profession est-elle menacée par le vieillissement, la faiblesse des rémunérations et la complexité croissante des compétences requises pour l'exercer ?

Le corps enseignant vieillit et dans un grand nombre de pays il est déjà vieux. En Suède, par exemple, 49 % des professeurs de l'enseignement secondaire du deuxième cycle ont 50 ans ou plus. Et comme le montrent des données récentes, la situation s’aggrave dans d’autres pays, notamment en Allemagne et en Nouvelle-Zélande.

La carrière de professeur devenant moins attrayante, la profession doit d'ores et déjà puiser dans un vivier de jeunes talents qui ne cesse de se raréfier. Nos sociétés fondées sur le savoir exigent des enseignants qu'ils possèdent, outre leurs qualifications principales, des compétences nouvelles telles que la maîtrise des technologies de l'information et des communications (TIC), alors que, dans le même temps, leurs traitements baissent par rapport à ceux qu’offrent d'autres secteurs. En d’autres termes, il est souvent demandé aux enseignants de faire plus pour une rémunération moindre. Ces problèmes posent un défi crucial aux décideurs publics : ils doivent s'assurer qu’il y aura à l’avenir suffisamment d'enseignants qualifiés pour tous les enfants scolarisés.

Le vieillissement du corps enseignant a plusieurs conséquences. Il entraîne en premier lieu une augmentation des coûts sans pour autant résoudre le problème du faible niveau des traitements en début de carrière : dans la mesure où les échelles de salaires sont progressives, l'élévation de l'âge moyen des enseignants accroît en effet la masse salariale globale. En deuxième lieu, les enseignants ne peuvent assumer leurs nouvelles missions sans y être formés, ce qui va sans doute exiger davantage de ressources. Enfin, et surtout, l'offre d'enseignants risque à l'avenir d'être d'autant plus restreinte que les enseignants seront proportionnellement plus nombreux à prendre leur retraite chaque année.

Nous risquons d’être confrontés à une pénurie d'enseignants dans un proche avenir. L'édition 2001 de l’Analyse des politiques d'éducation de l'OCDE présente le scénario le plus pessimiste auquel nous pourrions faire face, sous le titre Exode des enseignants – La « désintégration ». Ce scénario repose sur un constat : le mécon tentement général de l'opinion publique à l'égard de l'état de l'école s’accompagne d’une crise profonde du recrutement des enseignants et du sentiment croissant que le niveau de l’enseignement baisse, en particulier dans les zones les plus défavorisées.

Mais dans l'immédiat la pénurie d’enseignants risque de se traduire par une baisse de qualité des enseignants et de l'enseignement, plutôt que par des salles de classe surchargées et livrées à elles-mêmes. À court terme, les principaux dispositifs mis en place pour équilibrer l'offre et la demande consistent en effet à abaisser le niveau de qualification exigé des enseignants. L’autre branche de l’alternative est de réduire la demande et de l'aligner sur l'offre existante en augmentant la charge de travail des enseignants ou la taille des classes. Dans les deux cas, c'est au prix de la qualité de l’enseignement.

Le vieillissement du corps enseignant n'est pas le seul défi à relever. Nombre des personnes qui embrassent la carrière enseignante la quittent pour exercer d'autres professions bien avant d'avoir atteint l'âge de la retraite. Et tout porte à croire (Ingersoll, 2001, voir Références) que si les départs à la retraite ne sont pas encore un facteur primordial de renouvellement du corps enseignant, le maintien des enseignants dans la profession pose déjà un sérieux problème.

C’est maintenant que les pouvoirs publics doivent agir pour renforcer l'attrait de la profession enseignante. Si l’on veut éviter une grave pénurie d’enseignants, des mesures spécifiques doivent être adoptées sans tarder : incitations financières, amélioration des conditions de travail et perfectionnement professionnel. Il serait regrettable qu'un manque d'enseignants empêche de satisfaire les exigences de qualité dans les systèmes scolaires d'aujourd'hui et, a fortiori, les impératifs d’une économie fondée sur le savoir.

La parité homme-femme pose également un problème. La proportion de femmes dans l'enseignement primaire et le premier cycle du secondaire ne diminue dans aucun pays et la tendance globale serait plutôt à la hausse. En Nouvelle-Zélande, par exemple, les femmes représentent 88 % des enseignants du primaire. Dans de nombreux pays, en revanche, les femmes sont peu représentées dans le corps enseignant des établissements d'enseignement secondaire du deuxième cycle : seulement 27% en Corée. Selon de nombreux spécialistes de l'enseignement, cette répartition inégale des hommes et des femmes aboutit à une sous-représentation des modèles masculins. Cette situation est aggravée par des procédures de recrutement dont la portée est trop limitée et qui perpétuent la prédominance féminine. Améliorer le statut de la profession permettrait d’attirer vers l'enseignement non seulement un plus grand nombre d'hommes, mais également des talents – hommes et femmes – venant d'autres professions, inversant ainsi la tendance à l'exode à laquelle nous assistons aujourd'hui.

Références

• Denton, F.T., Feaver C.H. and Spencer B.G., Teachers and the birth rate : The Demographic dynamics of a population, Journal of Population Economics, 7:307-329, 1994.

• Ingersoll, R.M., A Different Approach to Solving the Teacher Shortage Problem, Teaching Quality Policy Briefs, Center for the Study of Teaching and Policy, University of Washington, 2001.

• OCDE, Analyse des politiques d'éducation – Édition 2001, Chapitre 5 : « Quel avenir pour l'école ? » Paris, 2001.

© L’Observateur de l’OCDE, Nº225, Mars 2001




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