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Peut-on toujours aller plus loin ?
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Les pays examinent leurs systèmes éducatifs. Et, à cette occasion, certains constatent qu’ils peuvent améliorer leurs résultats en s’inspirant de l’expérience d’autres. Quel est le bilan de cet examen ?

De meilleures notes signifient-elles de meilleurs élèves, ou tout simplement des examens plus faciles ? Lorsque le nombre des reçus aux examens augmente, certains en attribuent le mérite aux systèmes éducatifs, qui se seraient améliorés. En revanche, d’autres considèrent qu’il est probable que le niveau des examens ait baissé. Ces doutes sont alimentés par l’idée que les possibilités d’améliorer les résultats dans le domaine de l’éducation ne sont pas illimitées. Il serait erroné d’abonder dans ce sens. Dans le domaine de l’éducation, comme dans toute autre activité humaine, des progrès sont toujours réalisables.

Les comparaisons internationales le prouvent. En montrant que certains pays obtiennent des résultats bien supérieurs aux autres, elles témoignent de la possibilité d’obtenir des améliorations. Cela nécessite, en fait, une élévation du niveau des ambitions car il en va pour les individus comme pour les pays : les attentes influent incontestablement sur les progrès. Demandez à un parent ou à un enseignant américain pourquoi un élève a de mauvais résultats en mathématiques, ils vous répondront fort probablement que c’est une question d’intelligence. Posez la même question au Japon ou en Corée, parents et enseignants imputeront en général ces mauvais résultats à des efforts insuffisants de la part de l’élève. Dans d’autres pays, les parents blâmeront les enseignants.

Les comparaisons internationales peuvent contribuer à élever le niveau des ambitions. Et, le Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de 15 ans en lecture, en mathématiques et en science y a beaucoup contribué. Même dans les pays classés parmi les meilleurs, il peut exister, comme l’enquête PISA 2000 l’a montré, des écarts importants entre les bons élèves et les moins bons, entre les élèves de milieux socialement favorisés et ceux issus de milieux défavorisés. Au Royaume-Uni, par exemple, ces écarts se sont révélés nettement plus importants que dans beaucoup d’autres pays. Cela étant, « excellence » et « manque d’équité » ne vont pas nécessairement de pair. Certains pays, comme la Finlande, le Canada, le Japon et la Corée, affichent en effet des résultats élevés, acquis dans de fort bonnes conditions d’équité. De son côté, l’Irlande se situe juste au-dessus de la moyenne OCDE, avec de bons résultats en lecture mais seulement moyens en mathématiques, acquis dans des conditions assez équitables.

À ce jour, l’étude PISA a suscité des réactions très diverses de la part des pays. Les faibles performances enregistrées par l’Allemagne ont suscité un débat particulièrement animé dans ce pays, notamment en ce qui concerne l’orientation des élèves de 11 ans vers différents types d’établissements. Afin de mieux comprendre ses résultats de PISA, l’Allemagne a fait exécuter une étude multilatérale impliquant divers pays dont elle souhaitait comparer plus précisément les résultats avec les siens. Le Danemark a, pour sa part, entrepris d’évaluer ses politiques éducatives en se comparant à la Finlande, pays qui obtient des résultats particulièrement bons.

D’autres pays ont renforcé le suivi de leur système. Le Mexique a créé un nouvel institut d’évaluation, indépendant du ministère de l’éducation publique. Le Canada utilise, désormais, PISA pour suivre l’évolution des résultats en langues, en mathématiques et en sciences, en plus de s’y référer à l’échelle nationale dans d’autres disciplines. Certains pays ne se limitent pas à un échantillon comme dans le cas de PISA et entreprennent d’évaluer tous leurs élèves. Ils peuvent ainsi suivre les résultats de l’ensemble du système et de tous les établissements, au niveau desquels sont prises de nombreuses décisions essentielles touchant l’apprentissage.

Dans le même temps, certains pays définissent plus précisément les objectifs qu’ils souhaitent atteindre. Depuis la réalisation de PISA 2000, l’Allemagne a mis sur pied un cadre national pour l’établissement des programmes d’enseignement, qui offre également des outils de comparaison des performances des élèves. L’Espagne – qui a obtenu en moyenne des résultats assez faibles, et ce dans des conditions relativement équitables – s’efforce d’améliorer le niveau des élèves à haut potentiel en mettant l’accent sur l’excellence tout en reconnaissant que ce sera vraisemblablement au détriment de l’équité, dans un premier temps.

En Finlande, pays qui a obtenu les meilleurs résultats dans le cadre de PISA 2000, les établissements scolaires bénéficient d’un soutien et d’un suivi mais demeurent libres de choisir les moyens d’atteindre les objectifs qui sont définis et fixés à l’échelon central. L’Angleterre, après avoir mis au point des stratégies centralisées qui ont permis d’améliorer les résultats en anglais et en mathématiques, s’efforce désormais de laisser une plus grande latitude aux enseignants et aux établissements dans la détermination des moyens de progresser.

Les États-Unis s’intéressent tout particulièrement aux groupes d’élèves de faible niveau. Si le pourcentage de bons élèves y est plus élevé que dans beaucoup de pays mieux placés, en moyenne, dans le classement PISA, ils affichent en effet un fort pourcentage d’élèves faibles. En vertu de la nouvelle législation fédérale, les établissements scolaires et les États doivent ainsi s’efforcer d’améliorer les performances globales mais aussi celles des minorités ethniques défavorisées. À ceux qui se demandent s’il est possible d’élever de manière continue la qualité de l’éducation ou s’il existe une limite infranchissable, les comparaisons entre pays permettent donc de répondre que des améliorations sont toujours réalisables.

À ce propos, tout en convenant que les ressources jouent un rôle important, il convient de ne pas se focaliser sur cet aspect de la question. Si des niveaux élevés de dépenses par élève sont généralement associés à des résultats élevés, il n’en reste pas moins que les systèmes présentent de fortes disparités en matière d’efficience. C’est ainsi que la Finlande, l’Irlande et le Royaume-Uni consacrent à l’éducation moins de ressources que la France, le Danemark, la Suisse ou les États-Unis tout en obtenant un meilleur classement dans PISA. En d’autres termes, l’organisation de la classe, l’innovation et les méthodes pédagogiques constituent, elles aussi, des composantes essentielles de l’éducation. La question de l’identification des pratiques qui permettent d’améliorer le niveau de tous les élèves étant donc fondamentale, il convient d’approfondir nos connaissances à leur sujet.

L’éducation, sous sa forme actuelle, porte sur la transmission du savoir. Mais elle ne constitue pas encore une industrie du savoir dont les pratiques évolueraient en fonction d’examens systématiques des solutions les plus efficaces. Alors que d’autres domaines professionnels s’appuient sur la recherche, il doit en être de même dans le cas de l’éducation. Certes, la recherche pédagogique a déjà donné des résultats intéressants et certains établissements appliquent des méthodes novatrices. Mais il convient, désormais, d’adopter une démarche plus systématiquement axée sur le terrain, une démarche permettant aux enseignants de participer aux recherches qui modèleront leur pratique.

On peut citer, à cet égard, le cas de la Finlande, dont la réussite est fortement liée à l’action des enseignants. La profession d’enseignant jouit, dans ce pays, d’une haute considération. L’accès à la formation d’enseignant s’inscrit dans un contexte fortement compétitif, tous les candidats devant être titulaires d’une maîtrise. Par ailleurs, les enseignants bénéficient d’une liberté considérable pour innover dans l’exercice de leur profession. À noter, enfin, que le système éducatif finlandais a supprimé la répartition des élèves par niveau ainsi que les redoublements et que les élèves en difficulté ne sont pas laissés à l’abandon.

L’ensemble des 30 pays de l’OCDE et plus de 20 autres pays utilisent déjà PISA pour suivre l’évolution des compétences. Les résultats de l’enquête de 2003 seront disponibles au mois de décembre de cette année, et les préparatifs concernant l’enquête de 2006 sont déjà en cours.

Dresser un tableau complet des pratiques les plus efficaces devrait incontestablement contribuer à améliorer les niveaux de l’éducation dans tous les pays. Il s’agit d’une activité complexe, qui prendra du temps. Mais, faute de disposer de telles données, nous pourrions nous laisser influencer par des impressions et des préjugés sur lesquels nous serions bien mal avisés de fonder des politiques.

© L’Observateur de l’OCDE, N°242, Mars 2004




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