Enseignement

Redorer le blason
Direction de l'éducation
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La carrière de l’enseignement a-t-elle perdu son attrait ? Tout porte à croire que oui, mais les gouvernements peuvent réagir.

Pour recruter de nouveaux talents, le secteur de l’enseignement doit à présent soutenir une concurrence plus vive qu’elle ne l’a peut-être jamais été au cours des 20 dernières années. Pendant les années 1980 et une grande partie des années 1990, les pays de l’OCDE ont scolarisé un nombre d’élèves relativement stable et ont disposé d’un corps enseignant jeune. Mais la situation a nettement changé à mesure que la population active a vieilli. De nombreux pays sont aujourd’hui confrontés à une pénurie d’enseignants ou le seront sous peu.

Dans un certain nombre de pays, le corps enseignant vieillit – en moyenne 30 % des enseignants du secondaire ont plus de 50 ans – les départs à la retraite et les démissions augmentent, et les postes vacants sont difficiles à pourvoir, en particulier dans des domaines tels que les technologies de l’information (TI), les mathématiques, les langues et les sciences. Certains indices suggèrent que les salaires des enseignants ont fléchi par rapport à ceux de beaucoup d’autres professions. Entre 1996 et 2001, le salaire d’un enseignant expérimenté du premier cycle du secondaire a progressé à un rythme plus lent que le PIB par habitant dans 16 des 21 pays de l’OCDE disposant des données pertinentes. Étant donné que les sociétés sont plus riches et ont un meilleur niveau de formation, les enseignants ont perdu une partie de leur « valeur de rareté ». En outre, les enseignants appartiennent le plus souvent à la fonction publique, or dans de nombreux pays les salaires dans ce secteur ont augmenté plus lentement que dans le privé.

La pénurie d’enseignants soulève également des problèmes de qualité. Selon une étude de l’OCDE, le cycle d’évaluation de 2000 du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), dans la moitié des pays de l’OCDE la majorité des jeunes de 15 ans fréquentent des établissements dont les dirigeants estiment que la formation des élèves est entravée par une pénurie ou une inadéquation de l’offre d’enseignants. Les décideurs publics, les établissements scolaires et la société en général ont raison de s’inquiéter.

Mais le tableau n’est pas sombre partout. Dans certains pays, les enseignants semblent encore jouir d’une bonne position sociale, et dans des pays tels que l’Autriche, la Corée, l’Espagne et le Japon, les candidats qualifiés sont plus nombreux que les postes vacants. Ailleurs, on observe les signes d’un regain d’intérêt pour l’enseignement. Dans 10 des 14 pays de l’OCDE qui disposent de données pertinentes, la proportion des enseignants du secondaire âgés de moins de 30 ans a augmenté entre 1998 et 2001.

Ces tendances sont tout à fait encourageantes et on peut s’appuyer dessus pour attaquer le problème sur deux fronts : d’un côté, on peut agir sur la nature de la profession enseignante elle-même, et de l’autre, on peut mener une action ciblée pour remédier à une pénurie spécifique. Dans le premier cas, l’objectif est de faire en sorte que la société valorise le travail des enseignants, que l’enseignement soit considéré comme un métier passionnant et digne d’intérêt et que la préparation les conditions de travail des enseignants soient améliorées. Dans le second cas, il s’agit de reconnaître que le marché du travail des enseignants n’est ni unique ni uniforme mais comprend des variantes en fonction du type d’établissement – primaire, secondaire, professionnel, etc. – et des caractéristiques personnelles, telles que le sexe, l’âge, l’expérience et la spécialisation. Le fait d’assimiler la question de l’enseignement à un problème de marché aide les décideurs publics et les établissements scolaires à faire venir et à retenir certains types de personnes dans la profession enseignante. Cela encourage aussi les enseignants à travailler dans des établissements particuliers.

Le problème des salaires

Compte tenu de la quantité d’enseignants, il est très coûteux de relever le salaire de tous, même de quelques points de pourcentage, sans parler des effets de contagion que cette hausse pourrait avoir sur d’autres agents du secteur public. Étant donné qu’une faible augmentation de salaire dans l’ensemble de la profession aurait peu d’incidence sur les problèmes de recrutement, un certain nombre de pays confrontés à une pénurie d’enseignants ont ciblé les hausses salariales sur les enseignants en tout début de carrière. C’est le cas de l’Angleterre, de l’Australie, du Danemark et de la Norvège par exemple. Chacun de ces pays a signalé un accroissement des effectifs d’étudiants suivant une formation à l’enseignement, et, en Angleterre et en Australie du moins, certains indicateurs montrent que le niveau de ces étudiants s’est amélioré. En revanche, pour d’autres pays comme la Grèce et la Hongrie dont le principal souci est de retenir les enseignants en poste, les augmentations de salaires se sont concentrées sur les enseignants plutôt chevronnés.

Le marché se caractérise par sa diversité, et si le barème de salaires unique est encore la formule prédominante dans la plupart des pays de l’OCDE, il est de plus en plus différencié pour refléter les conditions du marché. La Suède offre probablement l’un des exemples de changement les plus notables puisqu’elle est passée d’un barème de rémunération national uniforme à un système de négociation personnalisée des salaires entre les enseignants et leurs employeurs dans les établissements scolaires et les municipalités. L’objectif est ainsi d’améliorer la souplesse dans les établissements scolaires et de faire participer davantage les enseignants aux prises de décisions (voir l’article d’Anna Söderberg, page 17).

Le recours à des incitations destinées à dédommager les enseignants qui travaillent dans des conditions particulièrement difficiles se répand également. Majorations salariales versées aux enseignants qui exercent dans des zones difficiles, primes pour ceux qui sont dans des établissements difficiles, allocations de transport pour ceux qui sont nommés dans des zones excentrées, autant de mesures d’incitation qui sont de plus en plus courantes. Au moins deux tiers des pays de l’OCDE offrent des majorations de salaires aux enseignants qui assument des responsabilités de gestion en plus de leur charge d’enseignement, à ceux qui assurent plus de cours ou plus d’heures que la normale et à ceux qui enseignent dans des zones défavorisées, excentrées ou dans des régions où la vie est chère.

S’il est vrai que des salaires avantageux peuvent rendre la profession enseignante plus attrayante, les pouvoirs publics ne doivent pas se contenter d’agir sur les seuls salaires. Les enseignants sont aussi très attachés à la qualité de leurs relations avec les élèves et leurs collègues, au sentiment d’être apprécié et soutenu par leur chef d’établissement, aux conditions de travail et aux possibilités de se perfectionner. Ces facteurs sont au cœur des modes d’organisation des établissements scolaires et de l’enseignement.

Susciter les vocations

Certains pays confrontés à une véritable pénurie mettent en place des mesures d’incitation et des programmes spéciaux pour attirer un plus grand nombre de futurs enseignants vers des disciplines comme les mathématiques, les sciences et la technologie. Les exonérations de droits de scolarité, les bourses et les prêts à taux bonifiés figurent parmi les mesures financières offertes. En France, par exemple, les enseignants stagiaires peuvent bénéficier d’une bourse correspondant à un salaire correct à condition qu’ils s’engagent à enseigner pendant une durée minimum après l’obtention de leur diplôme.

Attirer vers l’enseignement des personnes d’horizons nouveaux aide non seulement à remédier à la pénurie mais diversifie aussi les compétences dans les établissements scolaires. Certaines réformes ouvrent les programmes de formation des maîtres à de plus en plus de personnes et permettent aux titulaires d’un diplôme universitaire de commencer à enseigner (moyennant une rémunération) sans avoir nécessairement suivi une formation à l’enseignement.

Les communautés flamande et francophone de Belgique proposent des formations à l’enseignement dans des établissements pour adultes où les aménagements sont très souples. Les conditions d’admission à ces formations ne sont pas fixes et parmi ceux qui s’engagent dans ces filières beaucoup sont des étudiants d’âge mûr, souvent en passe de changer de métier, qui concilient la formation avec une activité professionnelle ou avec un emploi d’enseignant non qualifié. Aux États-Unis, les programmes dits de « alternative certification » permettent aux titulaires d’un diplôme universitaire de niveau relativement élevé de commencer à travailler dans des établissements scolaires et d’assouplir quelques-unes des conditions requises pour entreprendre une véritable formation à l’enseignement et obtenir un diplôme d’État.

Les résultats ont été positifs. Une grande université australienne signale que non seulement les inscriptions aux programmes post-licence de formation à l’enseignement des mathématiques dans le secondaire ont doublé en trois ans, mais aussi que l’âge moyen de ces étudiants est de 31 ans, et qu’un quart d’entre eux exerçaient auparavant un emploi à plein temps, le plus souvent dans l’ingénierie. D’après les données communiquées par les États-Unis, l’âge moyen des nouveaux candidats à la profession enseignante a augmenté, ce qui donne à penser que ces personnes exerçaient d’autres professions auparavant. En 1993-94, 65 % des nouveaux enseignants avaient plus de 25 ans contre 52 % en 1987-88.

En fait, les problèmes que pose l’offre d’enseignants dans certains pays résultent davantage de la forte rotation observée en début de carrière que d’une pénurie de nouvelles recrues diplômées. Il est donc essentiel qu’un enseignant, quel que soit son parcours antérieur, ait un bon démarrage dans cette profession. Les politiques visant à attirer davantage de candidats vers l’enseignement doivent de toute évidence s’attaquer aux facteurs qui poussent les nouveaux enseignants à quitter cette profession. Certains pays, notamment l’Irlande et l’Italie, prennent des mesures dans ce sens en prévoyant par exemple des programmes spéciaux d’initiation pratique avec des mentors expérimentés et en reconnaissant officiellement cette formation pratique comme un stade de la carrière.

Offre excédentaire

Tous les pays ne sont pas actuellement confrontés à une pénurie d’enseignants – le Japon, par exemple, signale qu’il compte environ 10 candidats pour chaque poste d’enseignant vacant. En Corée et en Espagne les candidats sont aussi beaucoup plus nombreux que les postes vacants. Ces pays rapportent cependant leur difficulté à garantir que le personnel enseignant en service ait les compétences et les connaissances nécessaires pour répondre aux exigences de l’école d’aujourd’hui et aux besoins de populations d’élèves plus diverses. Il importe également de s’assurer que les personnes compétentes et motivées puissent trouver un poste et ne quittent pas cette profession. Il est impératif d’atteindre cet objectif, même si ce n’est pas chose aisée lorsque l’offre d’enseignants est excédentaire.

Une solution consiste à recourir à la sélection pour garantir que ce sont les personnes les plus aptes qui obtiennent les postes. Au Japon, de nombreux conseils chargés de l’enseignement ont élargi leurs critères de sélection au lieu de se fier uniquement aux résultats obtenus aux examens. Les candidats sont tenus de se soumettre à des entretiens, de passer des tests d’aptitude, de préparer des plans de cours et de prouver leurs compétences pédagogiques. L’entretien d’embauche occupe désormais une plus grande place dans le processus de sélection.

La France, autre pays où le système de sélection des enseignants est relativement centralisé, accorde désormais moins d’importance à l’ancienneté dans l’attribution des postes d’enseignement vacants. Le but est d’éviter que les débutants soient affectés aux établissements scolaires plus difficiles et moins recherchés avec les risques que ce genre d’affectation comporte pour la formation des élèves et la carrière de ces enseignants. Cette nouvelle solution compte également rendre l’enseignement plus attrayant aux jeunes.

Toutefois, l’excédent de l’offre n’est pas la norme et de nombreux pays seront confrontés à des pénuries à l’avenir, à moins qu’ils ne parviennent à accroître l’attrait de la profession enseignante sur un marché du travail qui offre tant de débouchés aux personnes dotées de bons diplômes. Cette situation appelle certains équilibrages délicats. Les systèmes scolaires ont pour la plupart réduit la taille moyenne des classes ces dernières années et sont soumis à des pressions pour continuer à le faire. Pourtant, si une réduction ciblée des effectifs par classe peut être profitable pour certains élèves, une généralisation de cette mesure est coûteuse et ne semble pas devoir aboutir à des gains considérables du point de vue des acquis. Les ressources, qui sont rares, devraient être utilisées autrement afin de renforcer l’attrait et l’efficacité de la profession enseignante.

© L’Observateur de l’OCDE, N°242, Mars 2004




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