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Flou artistique

Courrier des lecteurs

Lorsque vous analysez l’économie, l’emploi, la productivité, etc., il semble que vous ne preniez en compte que les emplois de bureau ou d’usine classiques, à temps plein ou à temps partiel. L’OCDE ne tient-elle aucun compte des arts et de la culture, qui constituent eux aussi un commerce et des métiers productifs ?

De nos jours, en effet, nous tendons à consacrer une grande partie de nos vies à ces activités. Et il ne s’agit pas d’un secteur isolé : les arts et la culture génèrent des recettes considérables pour toute une gamme de produits et de services, dans le tourisme, les transports, les loisirs domestiques, etc. Cela constitue un enjeu économique international, que les gouvernements et les experts de l’OCDE devraient sans nul doute étudier de concert. Un défi à relever pour l’OCDE.

Les acteurs de ce secteur ont des vies professionnelles auxquelles la réglementation habituelle de l’emploi est inadaptée, qu’il s’agisse des lois ou des conventions collectives. Ils travaillent énormément et, entre deux tournées, ils doivent répéter, inventer, affiner et apprendre, tout en gagnant de quoi survivre. Les solutions classiques fondées sur le marché, ou les politiques sociales, ne s’appliquent tout simplement pas à ces activités, qui ne sont pas commercialisables comme des paquets de lessive.

C’est un problème épineux, comme le montrent les difficultés du gouvernement français, depuis deux ans, à réformer les budgets consacrés aux intermittents du spectacle. Si les Français ne rétribuent pas convenablement les emplois de la culture et des arts, qui le peut ? Les dissensions entre les artistes et les pouvoirs publics ne profitent à personne, le grand perdant étant le public, comme l’a montrée l’annulation du festival d’Avignon en 2003.

L’exception culturelle n’est pas l’apanage d’un seul pays, c’est une forme particulière de commerce, présente partout dans le monde, qui peut être une force d’attraction considérable. Il suffit de constater la ruée des touristes américains à Paris, malgré des taux de change défavorables et certaines frictions « politiques », pour visiter l’église Saint Sulpice et le Louvre, entre autres, sous la seule impulsion de l’itinéraire culturel proposé par le fameux Da Vinci Code.

Il ne suffit pas de rester vigilant quant aux rapports délicats entre culture et mondialisation. L’OCDE, dont le siège se situe précisément dans l’une des grandes capitales culturelles du monde, et dont les membres sont tous des pays développés dotés de grandes richesses artistiques et culturelles, des Amériques, d’Europe et d’Asie, pourrait se pencher sur cette question d’intérêt général et aider les gouvernements. Après tout, certains d’entre eux sont influencés par vos conseils d’austérité financière.

R.J. Doyle,

Paris, France

© L’Observateur de l’OCDE, N°246/247, Janvier 2005




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