Observateur OCDE
Problèmes conjugaux
Courrier des lecteurs

Je suis d’accord avec le Secrétaire adjoint américain Wade F. Horn : les hommes et les femmes heureux en ménage peuvent s’attendre à avoir des revenus plus élevés.

Mais l’idée d’un mariage heureux mérite un peu plus d’attention (« États-Unis : un mariage heureux » de Wade Horn, Table ronde sur les politiques sociales, n°248, mars 2005, voir www.observateurocde.org/affaires sociales2005). Bien sûr, le plan américain pour soutenir le mariage et le conseil conjugal semble être bon pour promouvoir une vie « heureuse », mais ne cherche-t-il pas à promouvoir un monde utopique ?

Ce n’est pas ce qui est dit dans votre article, mais l’idée que le mariage peut mettre fin à la pauvreté est assez courante. Elle ne concerne pas les femmes qui ont un statut socioéconomique modeste. Nous oublions les raisons qui font qu’on peut ne pas vouloir se marier. Les mères célibataires le sont pour une bonne raison, elles ne choisissent pas d’être pauvres, et pensent que le mariage ne pourra que les appauvrir. Beaucoup de femmes à faibles revenus pensent qu’un homme leur apportera plus de travail au foyer. Comme le dit Kathryn Edin, « même lorsque le travail de l’homme dans le ménage est pris en compte, il est à l’origine de huit heures de travail supplémentaire pour sa femme » (University of Pennsylvania, 1999).

Les femmes qui ont eu cette expérience changent d’avis sur le mariage, le travail et l’éducation des enfants. Une femme qui tente de garder la tête hors de l’eau se reposera sur ses expériences passées, et voudra travailler et se stabiliser économiquement seule avant de penser à s’encombrer de quelqu’un qui pourrait la détourner de son but.

Vous déclarez dans votre article que « les hommes deviennent économiquement plus responsables lorsqu’ils ont une famille à nourrir ». C’est une idée plaisante, et sûrement vraie pour les classes moyennes ou élevées. Mais dans les familles à faibles revenus, beaucoup d’hommes n’ont pas les compétences ou l’enthousiasme suffisants pour garder un travail stable et ramener régulièrement de l’argent à la maison. Dans ce cas, la relation conjugale peut se détériorer. De nos jours, une femme active ne peut se permettre d’avoir un homme improductif au foyer, peu importe l’amour qu’elle lui porte.

Je ne veux pas donner l’impression que les femmes ont une mauvaise opinion du mariage, c’est faux. Ces femmes ont une idée positive du mariage, mais il faudrait accorder plus d’importance à la formation de ces hommes (et femmes), afin qu’ils aient un travail stable et puissent devenir financièrement solides, avant de promouvoir cette idée du mariage « heureux ». Un mariage ne tiendra pas si les deux parties ne travaillent pas ensemble, à parts égales.

Lori DuBois
Étudiante
Marshfield, Massachusetts

Réf: Edin, Kathryn (1999), “Why Don’t Low-Income Single Mothers Get Married (or Remarried)?”

©L’Observateur de l’OCDE n° 252/253, novembre 2005




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