Énergie nucléaire : vers un développement durable

Directeur général de l'Agence de l'OCDE pour l'energie nucléaire (AEN)

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Source : Uranium 2005 : Ressources, production et demande (OCDE/AEN, Paris, 2006)

Les pays de l’OCDE partagent les mêmes objectifs de développement durable, mais leurs points de vue divergent quant au rôle de l’énergie nucléaire dans la réalisation de ces objectifs. En effet, peu de sources d’énergie ont suscité autant de débat au fil des ans. La question est simple : le nucléaire est-il véritablement une énergie durable ?

Il y a de bonnes raisons de le penser, mais il ne faudrait pas en conclure que toutes les difficultés ont été résolues. Si c’était le cas, la valeur de l’énergie nucléaire ne serait plus un objet de débat. Pourtant, quelques pays de l’OCDE qui s’étaient montrés sceptiques s’intéressent désormais de près au nucléaire. Ils sont bien inspirés de le faire. Comme toutes les autres sources et technologies énergétiques, le nucléaire présente des avantages et des inconvénients dans chacun des trois aspects du développement durable : environnemental, social et économique. Les décideurs ont besoin de faits, de chiffres et d’analyses indiscutables pour étayer leurs décisions. L’Agence pour l’énergie nucléaire peut apporter son expertise et aider les gouvernements à évaluer l’énergie nucléaire à égalité avec les autres solutions envisageables.Aujourd’hui, le consensus politique est d’encourager une combinaison de sources d’énergie, en assignant à chacune un rôle particulier. C’est une démarche logique pour répondre à la demande croissante d’énergie, surtout dans les pays en développement rapide, et protéger notre environnement. Propreté, sécurité, efficacité, faisabilité : voilà les principaux défis énergétiques que nous devons relever.

L’augmentation du prix des combustibles fossiles renforce la compétitivité du nucléaire.

Ces défis permettent également de comprendre l’attrait de l’énergie nucléaire et d’expliquer le regain d’intérêt à son endroit. Elle est une source de production d’électricité qui ne produit quasiment pas de carbone, et ses ressources en combustible sont abondantes et diversifiées. De l’avis général, l’énergie nucléaire est un élément de la solution, de même que les sources d’énergie renouvelable, la capture et la séquestration du carbone, etc. Examinons quelques arguments de plus près. L’un des avantages dont bénéficient les exploitants de centrales nucléaires est la sécurité de l’approvisionnement. L’uranium, la matière naturelle qui alimente les centrales nucléaires en combustible, est abondant et bien réparti sur l’ensemble de la planète. Bien qu’à l’heure actuelle la production annuelle d’uranium ne corresponde qu’à environ 60 % de la consommation des réacteurs, les sources secondaires, telles que les stocks des producteurs, des exploitants et des gouvernements, et les anciens matériaux militaires, sont suffisantes pour répondre à la demande. En outre, la distribution géopolitique des producteurs d’uranium, parmi lesquels on compte l’Australie et le Canada, réduit considérablement le risque de perturbations du marché semblables à celles qui ont accompagné les crises pétrolières, par exemple.À long terme, il y a lieu de penser que la richesse des ressources naturelles et les progrès technologiques pourront assurer l’approvisionnement en combustible nucléaire, quelle que soit l’évolution de la filière nucléaire. Les ressources conventionnelles en uranium suffisent pour 270 ans au rythme actuel de consommation annuelle. D’autres ressources sont connues et pourraient être mises à disposition, moyennant des efforts supplémentaires de prospection et de mise en valeur. De plus, la mise en service de réacteurs et de cycles du combustible plus avancés pourrait multiplier la durée de vie de ces ressources par 30 ou davantage, et permettre une forte augmentation de la demande. De fait, les surgénérateurs pourraient à terme transformer l’énergie nucléaire en une source quasi-renouvelable.
Cliquer ici pour agrandirIl y a également des arguments économiques. Les centrales nucléaires existantes ont démontré qu’elles étaient compétitives. Le faible niveau et la stabilité des coûts de production marginaux sont un avantage crucial, en particulier dans des marchés libéralisés. Les coûts liés au cycle du combustible représentent moins de 20 % du coût total de la production d’électricité nucléaire, et l’uranium, malgré de fortes hausses de prix récentes, représente moins de 5 % du coût total. C’est beaucoup moins que pour le gaz, par exemple.Des études récentes ont montré que les nouvelles centrales nucléaires pouvaient rivaliser favorablement avec les autres filières, principalement les centrales au gaz et/ou au charbon, dans la plupart des pays (voir graphique). Les principaux facteurs qui contribuent à la compétitivité des centrales nucléaires nouvellement conçues, et qui peuvent être commandées aujourd’hui, sont leur rapport coût-efficacité, et leurs performances techniques supérieures : durée de vie plus longue, disponibilité en énergie plus élevée et meilleure utilisation du combustible. Les réacteurs avancés à eau ordinaire, actuellement disponibles sur le marché, sont prévus pour être exploités 60 ans avec un facteur de disponibilité moyen supérieur à 90 %. Ils sont conçus pour utiliser plus efficacement le contenu énergétique de l’uranium naturel et générer environ 15 % de déchets en moins.Évidemment, l’augmentation du prix des combustibles fossiles renforce la compétitivité du nucléaire. De plus, la tarification des émissions de carbone, par le biais de permis négociables et de la fiscalité par exemple, accroîtra la marge concurrentielle des sources d’énergie qui n’émettent pas ou très peu de carbone.Nul ne conteste plus la rationalité économique de l’énergie nucléaire, mais le financement de la construction de centrales nucléaires et d’installations du cycle du combustible demeure problématique. De récentes décisions prises en Europe pour la construction de nouvelles centrales laisse entrevoir un plus grand intérêt des investisseurs, mais ceux-ci continuent de s’interroger sur les risques financiers à long terme. Pour les rassurer, les pouvoirs publics doivent au moins fournir des cadres réglementaires stables dans les domaines de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, et les étayer par des politiques claires destinées à limiter les émissions de gaz à effet de serre.Parallèlement aux améliorations techniques, il faut accorder une grande priorité aux préoccupations du public concernant les risques nucléaires. La sûreté revêt une importance primordiale à cet égard. L’excellent bilan de sûreté affiché par les centrales nucléaires et les installations du cycle du combustible en exploitation dans les pays de l’OCDE atteste l’efficacité des réglementations rigoureuses en vigueur et des efforts de l’industrie et des régulateurs en faveur d’une forte culture de la sûreté. Grâce à ces efforts et au progrès technologique, les impacts des installations nucléaires sur la santé humaine et l’environnement sont largement inférieurs aux niveaux imposés par les autorités et acceptés par la société pour les activités industrielles. Il faut aussi aborder l’importante question de la gestion et du stockage des déchets. Bien que la gestion des déchets radioactifs, y compris leur stockage final, ne soulève aucun problème technique ou économique majeur – il faut noter à ce sujet que le coût de la gestion et du stockage des déchets est déjà intégré dans le prix payé par les consommateurs –, créer des dépôts pouvant contenir tous les types de déchets sur une durée considérable s’est révélé être une tâche difficile. Cependant, les spécialistes estiment que le stockage sûr des déchets radioactifs est faisable, en respectant pleinement des réglementations sanitaires et environnementales protégeant les générations présentes et futures. Quelques pays, comme les États-Unis, la Finlande et la Suède, sont engagés dans la construction de dépôts qui devraient être disponibles dans une dizaine d’années.Le nucléaire a fait ses preuvesL’énergie nucléaire fournit aujourd’hui près d’un quart de l’électricité consommée dans les pays de l’OCDE, et est une réalité quotidienne dans plusieurs pays. Il s’agit donc d’une technologie éprouvée, parvenue à maturité et bénéficiant d’une vaste expérience industrielle – plus de 12 000 réacteurs/ans de fonctionnement – accumulée principalement dans l’OCDE. Les systèmes modernes d’énergie nucléaire en exploitation dans le monde affichent des performances techniques et économiques très satisfaisantes. Par ailleurs, de nombreux pays mènent des programmes de R-D ambitieux, souvent dans le cadre d’initiatives internationales, visant à renforcer la sûreté et la résistance à la prolifération, à réduire la consommation d’uranium et les déchets, et à accroître la compétitivité de l’énergie nucléaire.En bref, tous les indicateurs de l’énergie nucléaire relatifs à la sûreté, la fiabilité, la compétitivité et l’utilisation efficace des ressources naturelles, ainsi qu’à la protection de la santé et de l’environnement, font apparaître une tendance ininterrompue à l’amélioration. De toute évidence, l’énergie nucléaire pourrait apporter une contribution majeure à la diversification, à la sécurité de l’approvisionnement énergétique et à une réduction économique des gaz à effet de serre. Le développement du nucléaire peut devenir un élément clé des bouquets énergétiques durables, à condition que les pouvoirs publics, l’industrie et la société civile unissent leurs efforts pour définir un cadre décisionnel solide, permettant d’évaluer et de développer toutes les solutions possibles en fonction de leurs coûts et de leurs avantages pour la collectivité. Cela suppose une coopération multilatérale pour s’assurer que la technologie se hisse effectivement au niveau des normes les plus exigeantes dans le domaine de la sûreté et de la fiabilité, de la protection de la santé et de l’environnement, de la résistance à la prolifération, de la protection physique et de l’économie.Les défis qui attendent les décideurs dans le domaine énergétique sont immenses. Le rendement énergétique et les économies d’énergie, la séquestration du carbone, les sources renouvelables et l’énergie nucléaire sont indispensables pour faire face à la demande d’une population en expansion qui aspire au développement économique, tout en préservant l’environnement. Nous ne pouvons nous permettre d’éliminer la moindre option.RéférencesAEN (2006), Uranium 2005: Resources, Production and Demand, Paris.AEN (2006), Cycles du combustible nucléaire avancés et gestion des déchets radioactifs, Paris. AEN (à paraître), Ressources, production et demande de l’uranium : Un bilan de quarante ans : Rétrospective du Livre rouge, Paris. Pour plus d’informations, voir le site Internet de l’AEN : www.nea.fr/
 ©L’Observateur de l’OCDE, n°258/259, décembre 2006


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