Innovation, mondialisation et environnement

La mondialisation exerce des pressions sur l'environnement, mais elle pourrait également offrir des solutions. Le vert pourrait-il être transformé en or ?

Le changement climatique, la fonte des glaces, la montée du niveau de la mer, la météo imprévisible, la sécheresse, l’urbanisation rampante, les explosions démographiques : la liste continue. De nombreuses personnes accusent la mondialisation de ces maux, et il est vrai que les pressions économiques accrues accentuent inévitablement l’empreinte que nous laissons sur notre planète.Prenons l’avis des experts. Selon l’Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire, un rapport digne de foi présenté au Secrétaire général des Nations unies, l’humanité a altéré les écosystèmes mondiaux plus rapidement et plus profondément pendant les 50 dernière années qu’à aucune autre période dans l’histoire. Les bénéfices en termes de bien-être sont indiscutables, mais il demeure que notre manière de dépenser le capital naturel de la planète ne peut pas durer.Cependant, faire reculer la mondialisation ne résoudra pas les problèmes environnementaux. Au contraire, grâce à l’innovation, aux échanges et aux investissements, de même qu’aux nouveaux marchés qu’elle génère, la mondialisation peut permettre une utilisation plus efficace des ressources naturelles et une réduction de la pollution.De toutes façons, le recul n’est pas une option sérieuse, car chaque pays ne peut établir des règles indépendamment de ce qui se passe ailleurs. La réémergence de puissances économiques fortement peuplées, particulièrement en Asie et en Amérique latine, et l’espoir d’un prochain développement en Afrique signifient que les pressions sur l’environnement croîtront encore au lieu de diminuer. Les pressions seront particulièrement intenses dans les pays en développement dépendant de ressources naturelles. Les pressions sur l’environnement générées dans les pays émergents sont souvent comparables à celles des pays de l’OCDE en proportion du PIB, mais elles sont beaucoup plus faibles par habitant. La convergence avec les schémas de production et de consommation des pays de l’OCDE n’est pas une option réaliste. Mais il serait également peu réaliste d’attendre que les pays en développement changent les premiers ; les pays riches doivent montrer la voie.Nous avons des responsabilités communes, mais différentes : les pays de l’OCDE ont généré la plupart des problèmes environnementaux actuels et ont les moyens d’y répondre ; mais leurs efforts ne seraient pas efficaces sans l’implication d’économies émergentes majeures comme l’Inde ou la Chine. L’Agence internationale de l’énergie estime que la Chine dépassera les États-Unis comme premier producteur mondial de gaz à effet de serre d’ici la fin de la décennie. Cependant la Chine n’a actuellement aucune obligation de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Cela doit changer.En février 2007, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU a déclaré « avec assurance » que le réchauffement des températures depuis le milieu du XXème siècle était « très probablement dû aux gaz à effet de serre » produits par les activités humaines. Il estime qu’il existe une fenêtre d’opportunité réduite pour prendre des mesures décisives. Le fameux rapport Stern de 2006 soutenait que le bénéfice de ces mesures en justifierait les coûts. Si l’opportunité d’agir devait être saisie, l’innovation se révèlera essentielle.L’impact potentiel des critères environnementaux sur la compétitivité est l’un des obstacles majeur à une action internationale. Mais si ces critères entraînent des coûts, leur potentiel pour stimuler l’innovation est souvent ignoré. Innover, ce n’est pas que construire de nouveaux appareils, c’est également avoir des idées et penser vite, y compris pour les gouvernements. Avec nos politiques et nos institutions (et individus en général), nous devons réaliser les promesses que nous avons faites. Au-delà, les politiques publiques ont beaucoup à faire pour encourager de véritables transformations des marchés et des comportements.De façon encourageante pour les gouvernements, leurs clients, ou électeurs, désirent le changement ! Par ailleurs, l’environnement n’est plus perçu comme un danger pour les performances économiques, mais de plus en plus comme une opportunité pour créer de nouveaux marchés. La mondialisation économique, et la demande accrue de ressources naturelles qu’elle entraîne, crée une nouvelle révolution dont le leitmotiv est l’efficacité écologique. Les biocarburants commencent à être utilisés – bien que leurs avantages écologiques soient discutés –, les éoliennes prolifèrent, des voitures « hybrides », moins polluantes, sont mises sur le marché, des maisons écologiques sont construites et de nouvelles mesures pour réduire, réutiliser et recycler les déchets sont introduites. Comme pour les autres révolutions, ceux qui sont les premiers à l’exploiter acquièrent un avantage comparatif sur les autres. Il faut noter que ce sont les acteurs majeurs de l’OCDE, du Japon à l’Allemagne en passant par la Californie, qui sont en train de prendre la tête de ce marché.En Allemagne, on estime que le marché des technologies liées à l’environnement représentait 4 % de tous les secteurs du commerce et de l’industrie en 2005, et que cette proportion sera de 16 % en 2030.Le ministère de l’Environnement fédéral y contribue : il veut « mettre en place une politique environnementale basée sur l’innovation, qui contribuera à créer un double dividende pour l’environnement et pour le commerce et l’industrie. En soutenant et en diffusant les innovations et la haute technologie écologiques, nous assumons nos responsabilités envers notre écosystème menacé et nous aidons l’Europe à progresser vers son ambitieux objectif : devenir la région du monde la plus efficace en utilisation des ressources. » Dans d’autres pays comme le Japon et les États-Unis, les gouvernements développent également des politiques actives pour promouvoir l’ « éco-innovation ». Les pouvoirs publics doivent être attentifs à ne pas étouffer le secteur privé et les autres acteurs de ces nouveaux marchés, mais au contraire à leur fournir des incitations et de la place pour se développer. Comme dans le cas de l’Allemagne, les gouvernements doivent faire davantage pour établir de nouvelles normes qui, à leur tour, créeront de nouveaux marchés stimulants – dans les constructions favorables à l’environnement, par exemple, ou la production d’énergie. Les gouvernements doivent établir des cadres et des objectifs à long terme pour encourager les innovations écologiques ouvertes, fixer des normes pour les performances, et favoriser la diffusion des technologies « propres » au-delà des marchés locaux. Ils doivent accélérer la mise sur le marché des nouvelles technologies et supprimer les obstacles au financement des innovations liées à l’environnement. En bref, ils doivent intégrer l’environnement à leurs systèmes d’innovation nationaux. Le programme « Top Runner » au Japon ou le Plan d’action européen en faveur des technologies de l’environnement sont des exemples à suivre.Les gouvernements devraient également surveiller leurs propres activités, notamment à travers leurs politiques d’attributions de marchés publics. En prenant le prétexte du coût pour ne pas agir, sans examiner les bénéfices potentiels, ils n’envoient pas les bons signaux aux entreprises ou aux pays plus pauvres qui désireraient mener une action environnementale.Si les pouvoirs publics doivent jouer le jeu, c’est le secteur privé qui marquera des points, notamment les entreprises multinationales. Certains activistes écologistes n’approuveraient pas, mais les multinationales sont des acteurs mondiaux, et elles disposent du potentiel pour diffuser les bonnes pratiques environnementales, en particulier dans les pays en développement. En plus de se soumettre elles-mêmes à des normes environnementales rigoureuses, elles exigent généralement la même chose de leurs fournisseurs.Les organisations internationales comme l’OCDE doivent remplir leur rôle en promouvant le dialogue et en diffusant les bonnes pratiques à travers des instruments comme les Principes directeurs à l’intention des entreprises multinationales. Même le combat contre la corruption que mène l’OCDE peut faire disparaître des pratiques dangereuses pour l’environnement. Pour créer un terrain d’égalité, il est essentiel d’encourager les entreprises indiennes, chinoises ou d’autre pays émergents à adopter la discipline promue par l’OCDE.Pendant ce temps, les entreprises ne restent pas inactives : certaines des plus grandes multinationales développent des stratégies pour « changer le vert en or », pour citer le chercheur Dan Esty. Des sociétés comme General Electrics ou Wal-Mart, dont le manifeste sur les performances environnementales avait suscité la perplexité, sont forcées de s’adapter. Et pas seulement pour de grossières questions de marketing ; comme l’a écrit un associé de Lehman Brothers dans le Financial Times, les entreprises doivent s’adapter au réchauffement climatique « ou dépérir, et peut-être mourir ». Des nouveaux partenariats comme la Global Reporting Initiative encouragent la création de mécanismes pour évaluer les performances des entreprises dans ce domaine. Des institutions financières majeures comme Goldman Sachs utilisent des critères environnementaux pour leur réflexion stratégique et leurs opérations.Comme dans toute transformation historique, il y a des gagnants et des perdants. Les gouvernements sont en train de reconnaître la nécessité d’une économie politique de la réforme environnementale. S’ils sont bénéfiques pour la société, les critères environnementaux peuvent avoir des effets négatifs sur les ménages et certains secteurs. Les pouvoirs publics peuvent trouver des moyens de remédier à ces conséquences en termes de répartition, par exemple en soutenant les revenus des ménages pauvres confrontés à une hausse des prix de l’eau ou de l’électricité ; ou en réinjectant des fonds dans les secteurs touchés de plein fouet par les taxes environnementales de manière à les stimuler à investir dans des technologies moins polluantes. Il n’est pas facile de trouver les bonnes politiques : l’OCDE travaille avec les gouvernements pour comprendre comment les entreprises répondent aux différentes impulsions.L’OCDE collabore également avec les pouvoirs publics pour intégrer l’environnement dans leurs programmes de coopération pour le développement. Il s’agit d’une nouvelle gageure ; les agences d’aide fournissent de plus en plus un appui budgétaire général, et cette tendance est liée à un déclin relatif des dépenses d’aide à l’environnement, et du nombre de conseillers environnementaux sur le terrain. Cependant, les pays en développement doivent s’adapter au changement climatique, fournir un accès à l’eau potable et à l’assainissement, et développer leur gestion des ressources naturelles pour renforcer leurs politiques de développement pro croissance. De plus, les populations les plus pauvres souffrent davantage de la dégradation de l’environnement. Des innovations dans les domaines de l’énergie, de l’agriculture et de l’assainissement, par exemple, peuvent apporter des technologies adaptées aux contextes des pays en développement, mais le défi fondamental reste de mieux intégrer l’environnement dans les politiques nationales de développement – une tâche pour laquelle la plupart des pays en développement ne sont pas correctement armés.En effet, quelle que soit l’importance de l’innovation, les actions élémentaires comptent également. Plusieurs enquêtes montrent que dans les pays de l’OCDE, bien que les gens considèrent les questions environnementales comme importantes, seulement un faible pourcentage d’entre eux modifient leurs habitudes quant au recyclage ou aux économies d’électricité. Ce qui soulève une question simple : si nous ne pouvons changer nos habitudes, comment attendre que d’autres le fassent ? Références
  • OCDE (2006 à paraître), Économie politique et taxes liées à l’environnement, Paris.
  • LLewellyn, John (2007), « Companies must adapt or die in a changing climate » Financial Times, Londres, 30 janvier.
  • Pour plus d’informations sur le GIEC, voir www.ipcc.ch/
  • Consulter www.oecd.org/environnement
©L’Observateur de l’OCDE nº 261, mai 2007


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