Les voies d’une reprise durable

Conserver une vue d’ensemble, telle est la difficulté pour tout gouvernement confronté à une crise. C’est particulièrement vrai aujourd’hui dans les pays de l’OCDE, qui connaissent, du fait de la crise financière de 2008, des déficits budgétaires très élevés et une lourde dette. Aujourd’hui, la plupart des pays, petits ou grands, doivent faire de nouveaux sacrifices. Et l’on comprend la colère de leur population, qui considère à juste titre qu’elle n’est pas responsable de la situation actuelle.

La plupart des gens admettent néanmoins que des mesures fortes sont nécessaires. Tout comme certaines banques, plusieurs pays ont vécu au-dessus de leurs moyens. Pendant des années, les experts de l’OCDE ont préconisé des réformes pour une gestion publique plus efficace. Désormais, nous n’avons plus le choix. Il faut agir.

Remédier aux déficits budgétaires massifs, lutter contre le chômage et tirer parti des nouvelles sources de croissance, telles sont les tâches qui mobilisent les gouvernants dans l’immédiat et qui feront l’objet prioritaire de la Réunion ministérielle du Conseil et du Forum de l’OCDE du 26 au 28 mai. Mais nous ne devons pas perdre de vue les questions plus larges, comme l’environnement et le développement.

Commençons par l’assainissement budgétaire. Des réductions de dépenses sont inévitables, et nous devons donc faire tout notre possible pour atténuer leur impact sur les moteurs de la croissance à long terme. Ainsi, les gouvernements devraient s’efforcer, par exemple, de démanteler les subventions qui faussent la concurrence ou sont nocives à l’environnement, et de privilégier l’impôt sur la consommation à l’impôt sur les revenus. Les pays doivent aussi renforcer leurs politiques actives du marché du travail, en particulier en faveur des jeunes, des chômeurs de longue durée et des autres catégories vulnérables.

L’innovation est un moteur fondamental qu’il faut impérativement stimuler. Les constats d’avant la crise sont encore plus importants aujourd’hui : l’innovation favorise une croissance durable et est indispensable pour que nous ayons plus d’entreprises, plus d’emplois et une vie meilleure et plus saine. Les gouvernements doivent s’employer à intensifier l’innovation, en évitant les mesures qui peuvent l’affaiblir. Comment ?

La Stratégie pour l’innovation de l’OCDE, que nous présenterons à la Réunion du Conseil au niveau ministériel, définit des orientations très claires. Certes, les dépenses consacrées à la science et à la technologie, à la R-D et à la formation sont cruciales, mais nous devons aller plus loin, en transformant les universités et les instituts de recherche en plateformes entreprenariales indépendantes qui pourront interagir à l’échelle mondiale.

L’entreprenariat est particulièrement important. De nouveaux chiffres établis aux États-Unis montrent que les entreprises de moins de 5 ans d’âge ont représenté la quasi-totalité des emplois créés dans le secteur privé au cours des 25 dernières années. En simplifiant les formalités administratives, en facilitant l’accès aux financements et en mettant en place des infrastructures haut débit, nous pouvons dynamiser ces « gazelles », au bénéfice de la productivité et de l’emploi.

L’innovation est également le moteur de la croissance verte ; sans elle, les potentialités économiques des énergies renouvelables, des chaînes d’approvisionnement plus propres et des emplois verts seraient sérieusement compromises.

L’OCDE est à mi-parcours dans l’élaboration d’une Stratégie pour la croissance verte, qui sera présentée à la Réunion du Conseil au niveau ministériel de 2011. À ce stade, nos analyses montrent que les gouvernements devraient davantage promouvoir des modes de production, de passation des marchés et de consommation plus respectueux de l’environnement, en concevant des cadres plus clairs et en assurant un bon fonctionnent des marchés. Il leur faudrait également renoncer à certaines habitudes coûteuses, notamment le subventionnement des combustibles fossiles, ce qui permettrait de lutter contre le changement climatique tout en allégeant les dépenses.

La Stratégie pour l’innovation et la Stratégie pour la croissance verte soulignent qu’aucune stratégie de reprise ou de sortie de crise ne peut réussir si elle néglige l’impératif de croissance durable. Dans mon rapport annuel aux pays membres de l’OCDE, j’ai mis en lumière d’autres priorités qui devront retenir davantage notre attention pour des raisons similaires. La première de ces priorités, c’est le développement.

Revitaliser cette mission fait partie de notre responsabilité historique, et la célébration du 50ème anniversaire de l’OCDE, à partir de décembre cette année, en est l’occasion parfaite. Comme l’a déclaré le Président Kennedy dans son discours sur l’état de l’Union en janvier 1961, l’OCDE doit soutenir « les espoirs de croissance des pays les moins développés ». Après un demi-siècle marqué par le resserrement des liens en matière de commerce et d’investissement et par une coopération plus étroite, les pays en développement font maintenant partie intégrante de l’économie mondiale. Leur avenir est aussi le nôtre, et en ces temps difficiles, l’OCDE doit redoubler d’efforts, à travers l’aide, le renforcement des capacités et la mobilisation des ressources internes, dans une optique globale qui intègre l’innovation et la croissance verte, pour aider les pays les plus pauvres à progresser plus vite.

Mais l’OCDE ne peut contribuer à une économie plus forte, plus saine et plus juste qu’en collaborant avec les autres organisations internationales, le G20 et d’autres enceintes politiques. L’ouverture est cruciale. Cette année, nous accueillons un nouveau membre, le Chili, et nous avons invité l’Estonie, Israël et la Slovénie à se joindre à nous. Les discussions en vue de l’adhésion avancent avec la Russie, et notre engagement à l’égard des plus grandes économies émergentes, l’Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, l’Inde et l’Indonésie se renforce progressivement.

Grâce à cette nouvelle ouverture inclusive et mondiale, les pays pourront mieux relever les défis communs, dans une optique plus large, à mesure qu’ils lèveront les obstacles sur la voie de la reprise. L’OCDE est là pour les y aider.

©L'Observateur de l'OCDE N° 279 mai 2010




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