Croissance urbaine

L’agriculture recèle un potentiel de croissance, et pas seulement à la campagne. Une agriculture urbaine à grande échelle pourrait faire éclore les germes d’une nouvelle croissance, et améliorer la vie des individus.

L’effort le plus réussi à l’arrière du front pendant la Seconde Guerre mondiale fut la création des « jardins de la victoire » dans toutes les villes américaines. Selon le ministère de l’Agriculture des États- Unis, ces quelque 20 millions de jardins auraient produit entre 9 et 10 millions de tonnes de fruits et de légumes, soit plus de 40 % de la production nationale, et introduit la pratique de la mise en conserve dans la vie urbaine.

Aujourd’hui, les villes américaines sinistrées peuvent de nouveau tirer profit de l’agriculture urbaine, tant sur le plan économique et social que de l’environnement. L’agriculture urbaine accroît la prospérité économique en créant des emplois et de nouvelles activités locales. De plus, elle améliore la santé et la sécurité des résidents en leur procurant des aliments sains et un meilleur accès à des espaces verts bien entretenus, favorise le sentiment d’appartenance à une communauté, renforce le tissu social et la capacité d’organisation, et unit les habitants autour d’un objectif commun. L’agriculture urbaine améliore aussi l’environnement local en remplaçant les espaces vacants délabrés et en reverdissant les quartiers.

La demande de produits alimentaires cultivés localement, en particulier de la part de restaurants et de magasins d’alimentation, augmente aux États-Unis. Le ministère de l’Agriculture estime qu’elle atteindra 7 milliards de dollars en 2012, contre 4 milliards en 2002. Fait important, les sommes dépensées dans l’agriculture locale restent dans l’économie locale.

À Detroit, le nombre considérable de terrains vagues, qui avoisinent 130 km2 total, pourrait approvisionner en fruits et légumes sains une grande partie de la population. Aujourd’hui, il existe peu de demande, voire pas du tout, pour des utilisations urbaines habituelles de ces espaces vacants.

La décision d’investir dans l’agriculture urbaine est économiquement intelligente. Chaque dollar investi dans un jardin communautaire génère l’équivalent de 6 dollars environ en fruits et légumes. Des chercheurs de l’Ohio estiment que « le choix de produits et de techniques de culture appropriés peut rapporter à des agriculteurs urbains jusqu’à 90 000 dollars par acre (0,4 hectare) ». À Philadelphie, les gains représentés par les « jardins maraîchers urbains » pourraient atteindre jusqu’à 68 000 dollars par demi-acre (0,2 hectare). Selon les estimations, les fruits et légumes cultivés à Detroit pourraient générer des ventes de 200 millions de dollars et créer environ 5 000 emplois.

Lorsque des terrains vagues deviennent propres, productifs et attrayants aux yeux des résidents, anciens ou nouveaux, grâce à l’agriculture, la valeur des logements de la ville augmente, et sa base d’imposition aussi. L’accès à une alimentation de qualité encouragera les citadins à adopter des modes de vie plus sains. Le manque d’accès à des produits sains et bon marché nuit à la santé et au bien-être des habitants de Detroit, et contribue à la faim et à l’obésité, omniprésentes dans la ville. Alors que la plupart des rues sont parsemées de supérettes et de magasins de spiritueux, aucune chaîne de grande distribution n’est implantée dans la ville. Les habitants ont donc un accès limité à des aliments autres que des produits de restauration rapide, de qualité médiocre, industriels et hautement caloriques. Detroit est la cinquième ville des États-Unis pour le taux d’obésité, et le faible accès à des produits alimentaires sains en est l’une des principales causes.

Les aliments produits sur place sont plus nutritifs que les produits provenant d’ailleurs. Lorsqu’un produit parcours de grandes distances et contient de grandes quantités de conservateurs chimiques, sa valeur nutritionnelle diminue. De plus, le jardinage est un loisir qui entraîne un mode de vie plus sain, et la thérapie horticole est bénéfique pour la santé.

Les effets secondaires potentiels de l’agriculture urbaine sont sans équivalent. Les jardins et les fermes suscitent un sentiment de communauté, de fierté et d’appartenance. L’agriculture urbaine est bénéfique pour l’éducation des jeunes, le tourisme et l’animation socioculturelle, à travers des programmes scolaires ou professionnels, par exemple. Elle peut en outre attirer de nouveaux résidents en ville et améliorer la qualité de vie des habitants.

Cultiver les zones délabrées et instables de Detroit pourrait aussi réduire la criminalité. Les terrains vagues deviennent des décharges illégales et sont des trous béants dans le paysage urbain, tandis que les maisons inoccupées sont la cible d’intrusions illicites, d’actes de vandalisme et d’incendies volontaires. Les fermes et jardins peuvent améliorer la sécurité, dès lors que les terrains sont occupés et surveillés par ceux qui les exploitent à des fins agricoles, réduisant ainsi la nécessité, pour la ville, d’assurer la police et le maintien de l’ordre des terrains inoccupés.

La production alimentaire locale réduit les besoins d’emballage, de réfrigération, de stockage et de transport des aliments, économisant ainsi de l’énergie et des coûts associés à la production de nourriture. De surcroît, elle permet d’atténuer considérablement les atteintes à l’environnement. Par exemple, les jardins sur les toits exploitent des eaux pluviales qui risqueraient de faire déborder les égouts. Ils réchauffent aussi les immeubles en hiver et les rafraîchissent en été, permettant de réduire la consommation d’électricité et les factures énergétiques. En outre, on peut, avec une bonne gestion de l’agriculture urbaine, transformer les eaux usées et d’autres produits dérivés agricoles, comme le compost, en ressources recyclables et réutilisable

On a beaucoup parlé de la nécessité d’établir une justice économique par la refonte de l’économie de Detroit au XXIème siècle, en s’assurant que tous ses résidents profitent des futurs programmes économiques. Aucune activité n’offre de plus grandes possibilités de concrétiser la justice économique que l’agriculture urbaine, si les friches urbaines sont mises à la disposition des résidents à grande échelle pour contribuer à satisfaire leurs besoins alimentaires. Il faudrait toutefois agir avec prudence : les sols destinés à la culture doivent être testés, pour s’assurer qu’ils ne sont pas contaminés, en particulier au plomb, et dépollués. Que les grands labours commencent !

Références et liens recommandés

Mogk, John E. (2010), « Promoting urban agriculture as an alternative land use for vacant properties in the city of Detroit », Wayne State University Law School, Detroit, Michigan. Voir www.law.wayne.edu/pdf/urban_agriculture_policy_paper_mogk. pdf

Growing Michigan’s Future : Sommet d’agriculture urbaine, organisé par la Engineering Society of Detroit et la American Society of Agricultural and Biological Engineers. Voir ww2.esd.org/EVENTS/2010/2010-10-UrbanFarm.htm

OCDE (2009), Farmland conversion: The spatial dimension of agricultural and land-use policies, OCDE, Paris, voir www.oecd.org/dataoecd/34/30/44111720.pdf

Cet article est originalement paru (en anglais) sur le blog OECD Insights, le 13 septembre 2010, voir http://oecdinsights.org/2010/09/13/urban-agriculture-good-food-good-money-good-idea/

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