Observateur OCDE

La chimie verte

Directeur Monde de la Politique de l’énergie et du changement climatique, Dow Chemical Company ; Président, Comité consultatif économique et industriel auprès de l’OCDE (BIAC) sur l’environnement

Grâce à la croissance économique des dernières décennies, nous avons gagné en qualité de vie, sommes plus prospères et vivons plus longtemps et en meilleure santé quasiment partout. Cependant, les contraintes liées aux ressources sont telles que pour continuer de profiter de ces avantages, il faut maintenant mettre le cap sur une croissance plus durable, plus verte. 

La population mondiale augmente et les économies émergentes se développent. Pour répondre aux besoins essentiels de la société en énergie, eau, logement, alimentation et transport, il faut aujourd’hui trouver des solutions nouvelles, ce qui est impossible sans la contribution directe et active du secteur privé.

La croissance verte désigne généralement le fait de promouvoir la croissance et le développement économiques tout en garantissant que les actifs naturels de la planète continueront de fournir les ressources et services environnementaux nécessaires au bien-être. Mais que recouvre-t-elle concrètement dans un secteur comme la chimie ?

En l’occurrence, celle-ci constitue autant un défi qu’une opportunité. En effet, la chimie est une industrie vaste et très consommatrice d’énergie, qui contribue donc aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais c’est aussi l’une des plus promptes à proposer des solutions pour économiser l’énergie et réduire les émissions. Comme de nombreux exemples en attestent, elle contribue à l’amélioration de l’efficacité énergétique. Ainsi, chez Dow Chemical Company, les économies d’énergie cumulées depuis 1994 représentent plus de 9 milliards de dollars et ont contribué à notre viabilité financière.

Notre approche doit tenir compte du cycle de vie afin de traiter les émissions liées tant à la production qu’à la consommation.

Si les émissions générées par l’activité de production ont généralement baissé dans les économies développées, celles issues de la consommation des ménages augmentent. C’est essentiellement sur elles que nous pouvons agir pour rendre nos économies plus vertes.

Faire de la croissance verte une réalité dans les économies modernes dépend des matériaux de pointe et des processus chimiques qui les sous-tendent. L’industrie chimique s’emploie donc à associer au mieux la chimie et l’innovation aux principes de durabilité pour faire face aux défis mondiaux d’aujourd’hui.

Ainsi, chez Dow, produire l’isolant Styrofoam génère une unité de CO2, mais son utilisation permet d’économiser plus de 200 unités de CO2. Globalement, l’avenir de l’énergie est toujours plus lié aux technologies et matériaux innovants issus de l’industrie chimique, des batteries perfectionnées pour les voitures hybrides de demain aux solutions de captage du CO2. Les progrès chimiques futurs seront également indispensables pour permettre aux solutions innovantes de répondre aux besoins mondiaux en énergie propre, durable et abordable.

Pour le Comité consultatif économique et industriel auprès de l’OCDE (BIAC), il ne devrait y avoir aucune distinction entre industries verte et traditionnelle, car les secteurs n’existent pas isolément. Ils sont interdépendants. Les options énergétiques propres et plus durables comme les éoliennes rentables dépendent des progrès réalisés dans les matériaux composites, eux-mêmes tributaires des progrès de la chimie. Outre promouvoir l’innovation, l’entrepreneuriat et la compétitivité dans tous les secteurs, les stratégies de croissance verte doivent viser des améliorations à la fois économiquement efficientes et écologiquement efficaces, et tenir compte des impacts sur tout le cycle de vie.

Les secteurs étant étroitement liés, tout comme nos économies, il convient désormais de privilégier toujours davantage la coopération, l’intégration et la prise en compte du cycle de vie dans toute la chaîne de valeur. Cela implique une approche stratégique et holistique des partenariats public-privé, et le renforcement de l’innovation tout au long de la chaîne de valeur, nécessitant souvent une coopération transfrontière et intersectorielle. Le succès de cette démarche dépendra également de la réforme des systèmes d’éducation pour aligner les compétences sur les nouveaux besoins du marché du travail, de la modernisation des infrastructures et des transports, et de la promotion d’un secteur manufacturier très sobre en ressources dans la zone OCDE et au-delà.

Pour les gouvernements souhaitant faire de la croissance verte une réalité malgré des contraintes budgétaires, la coopération interministérielle s’avérera de plus en plus importante. À cet égard, la Stratégie de l’OCDE pour une croissance verte, soumise aux ministres de l’OCDE en mai 2011, a considérablement contribué à souligner l’importance des méthodes d’action intégrées tout en reconnaissant qu’il n’existe pas de solution universelle applicable à tous les secteurs et tous les pays. Elle a fourni aux gouvernements un cadre pratique pour saisir les opportunités qui découlent d’approches constructives, profitables tant à l’économie qu’à l’environnement.

La crise économique l’a montré : soutenir l’innovation, c’est soutenir la croissance économique, réduire la vulnérabilité aux chocs futurs et rendre nos économies plus vertes de façon rentable. Dans la tourmente, certains pays privilégieront des remèdes à court terme quand la démarche la plus difficile, mais aussi la plus bénéfique sur la durée, serait de poursuivre une stratégie à long terme pour stimuler et soutenir l’innovation, vecteur de croissance durable. En persuadant les gouvernements de la nécessité d’agir dans une perspective à long terme, l’OCDE peut avoir une réelle valeur ajoutée dans le débat.

Les économies ont besoin de la croissance. Si nous parvenons à convaincre de la meilleure façon de rendre cette croissance plus durable, l’aide du secteur privé sera des plus utiles. La priorité consiste à identifier les opportunités de croissance verte qui permettront des progrès immédiats dans différents secteurs et économies. Il importera notamment d’étudier les opportunités de croissance durable mutuellement profitables pour les pays en développement. Par ailleurs, nul doute que les rigoureuses analyses économiques de l’OCDE et ses travaux sur la croissance verte apporteront une précieuse contribution au sommet Rio+20 de juin 2012. La Stratégie de l’OCDE pour une croissance verte a démontré qu’écologie et croissance n’étaient pas incompatibles. Il faut à présent le prouver dans les faits. Nous invitons donc les gouvernements à établir un cadre stratégique permettant la pleine participation des entreprises à cet effort.

www.dow.com/energy

www.icca-chem.org/en/Home/ICCA-initiatives/Energy--Climate-Change

Voir aussi : 

www.oecd.org/croissanceverte

Business and Industry Advisory Committee auprès de l'OCDE

Conférence Rio+20 sur le développement durable

L'OCDE et Rio+20

© L'Annuel de l'OCDE 2012




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