Ressusciter les politiques industrielles

Les gouvernements peuvent-ils impulser une dynamique positive au secteur industriel ?

« On reproche souvent aux politiques industrielles de ne choisir que les projets gagnants ; or les pouvoirs publics ne sont pas les mieux placés pour procéder à une telle sélection. (…) L’objectif des politiques publiques consiste à identifier les projets porteurs comportant d’importantes externalités. Elles ont enregistré en la matière des réussites notables. » Ces paroles, prononcées en 1999 par Joseph Stiglitz, lauréat du Prix Nobel d’économie, sont au coeur d’une interrogation commune : les pouvoirs publics doivent-ils recourir aux politiques industrielles pour stimuler de nouvelles sources de croissance ?

Le terme « politique industrielle » ne fait pas l’unanimité : pour certains, il rime avec interventionnisme étatique, sélection de champions nationaux et marchés sclérosés ; pour d’autres, il témoigne de choix d’investissement stratégiques des pouvoirs publics dans la recherche et l’innovation, les infrastructures ou les compétences.

Toute politique industrielle comporte une part de risque. Comme ce fut le cas récemment dans la filière pétrolière, les subventions et le soutien à certains fleurons industriels exposent les pouvoirs publics à la pression des groupes d’intérêts. Ce phénomène est susceptible de porter atteinte à la compétitivité ou de favoriser le protectionnisme, et donc d’engendrer des coûts supplémentaires pour les producteurs, les consommateurs et l’économie en général. De fait, bien souvent, les projets les plus prometteurs perçoivent moins d’aides que des projets plus faibles mais mieux défendus auprès des gouvernements.

Cela dit, du fait de cette distorsion, les recherches ont peut-être sous-estimé le potentiel de retombées positives, contribuant ainsi à une évaluation excessivement négative des politiques industrielles. En d’autres termes, il est possible de mener des politiques industrielles efficaces.

Pour diverses raisons, on observe un regain d’intérêt à l’égard des politiques industrielles. Certaines s’écartent du système des subventions et de la promotion de champions nationaux au profit de dispositifs de soutien et d’encouragement plus souples, moins susceptibles de fausser les échanges.

De même, les gouvernements font des choix plus stratégiques dans un souci de rééquilibrage économique face à la crise.

De telles interventions publiques stratégiques font sens pour des projets tels que la promotion des énergies renouvelables, qui se caractérisent par : un rendement potentiellement faible pour le secteur privé (du moins au départ), mais des avantages collectifs (qualité de l’air, réduction des émissions de carbone, ralentissement de l’épuisement des énergies fossiles), d’éventuelles retombées économiques (modernisation de bâtiments, création d’emplois) et l’utilisation de technologies nécessitant de nouveaux financements en R&D.

Le rôle stratégique de l’État peut également porter sur un soutien financier aux pôles de compétitivité, notamment dans le secteur de la finance, afin de promouvoir le développement régional ou surmonter les défaillances des marchés. L’OCDE s’intéresse depuis peu à la résurgence des politiques industrielles afin d’en améliorer l’évaluation. L’objectif ne consiste pas à réhabiliter des politiques industrielles d’un autre âge, mais à mettre en évidence la manière dont les pouvoir publics opèrent des choix stratégiques, ainsi que les mesures et circonstances susceptibles de fonctionner.

Une bonne politique devra : éviter le risque de paralysie lié aux avantages concédés à certaines entreprises, et par conséquent s’appuyer sur le principe de libre-concurrence et soutenir un panel de technologies et d’acteurs variés ; s’attaquer à la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée et à ses effets sur la chaîne d’approvisionnement ; encourager la responsabilité ; garantir l’accès public ; veiller à une bonne évaluation ; préserver les ressources des contribuables ; enfin, se fixer des objectifs réalistes : reproduire la Silicon Valley serait absurde, en revanche il est pertinent de soutenir la recherche fondamentale dans les universités locales. En bref, une bonne conception, un souci de concurrence et une supervision effective, telle est la formule gagnante pour des politiques industrielles intelligentes.

Voir www.oecd.org/entreprises

Pour plus d’informations sur les questions de politiques industrielles, contacter Dirk.Pilat@oecd.org 

©L’Observateur de l'OCDE N˚ 292 T3 2012




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