Le défi jeunes de l’Afrique

© REUTERS/Finbarr O'Reilly

La population africaine, la plus jeune du monde, connaît une croissance démographique rapide : le nombre d’habitants âgés de 15 à 24 ans, dépassant actuellement 200 millions, aura doublé en 2045. Les prochaines décennies verront arriver sur le marché du travail des centaines de millions de jeunes de toutes qualifications.

Selon l’Organisation internationale du travail, seuls 16 des 73 millions d’emplois créés en Afrique entre 2000 et 2008 étaient occupés par des jeunes âgés de 15 à 24 ans. L’emploi des jeunes se heurte essentiellement à un problème de qualité des emplois et des candidatures dans les pays à faible revenu,

et à un problème de quantité dans les pays à revenu intermédiaire. Dans les premiers, les jeunes occupent majoritairement des emplois précaires (par exemple dans l’extraction des métaux des terres rares) ou sont des travailleurs pauvres, alors que dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, ils sont plutôt au chômage, au chômage partiel ou inactifs. Facteur aggravant pour l’emploi des jeunes en Afrique : ceux-ci sont davantage touchés par le découragement que par le chômage. Les conséquences en termes de pauvreté sont notables, puisqu’environ 72 % des jeunes Africains vivent avec moins de 2 dollars par jour.

Mais quelles sont les sources d’emplois ? Ni le secteur public ni le secteur privé formel, qui pourtant se développe, ne peuvent absorber cet afflux de jeunes demandeurs d’emploi. Principale source d’emplois offrant un salaire de subsistance, les entreprises privées ont toutefois besoin de soutien pour se développer, gagner en compétitivité et in fine créer des emplois.

Le secteur informel et le secteur agricole resteront de loin les principaux créateurs d’emplois. Il appartient aux pouvoirs publics d’engager les mesures permettant le lever les obstacles auxquels les nombreuses petites entreprises informelles sont confrontées, afin qu’elles se développent et créent des emplois.

Prenons l’exemple de la vente ambulante, part importante des nouveaux emplois urbains en Afrique subsaharienne. Dans ce secteur informel, les travailleurs jouissent rarement d’un emplacement attitré, et sont traqués par la police, les municipalités et les grossistes. Ces derniers tirent souvent profit de leur position de force pour contraindre les vendeurs de rue à leur emprunter de l’argent à des taux très élevés.

Face à ces difficultés, les marchands ambulants de certains pays se sont organisés, voire participent à l’aménagement urbain.

À Dar es Salaam et à Durban, les associations de vendeurs ambulants ont établi de bonnes relations avec les autorités municipales ; des permis de travail leur ont été délivrés, et des infrastructures leur ont été réservées dans des lieux centraux.

Autre problème majeur : l’incapacité des écoles et centres de formation à dispenser aux jeunes Africains les compétences et savoir-faire recherchés par les employeurs. Cela étant, le principal obstacle à surmonter reste généralement la faible demande de main-d’oeuvre.

Les pouvoirs publics doivent se montrer plus actifs à cet égard. Il existe certes des programmes publics consacrés à l’emploi des jeunes, mais leurs résultats sont peu concluants. En cause, une méconnaissance de ce qui fonctionne et de ce qui est inopérant, en raison d’une profonde pénurie de données disponibles sur l’emploi en Afrique, et d’un déficit fréquent de coordination entre les organismes publics.

Si les perspectives à court terme sont peu encourageantes, l’horizon à long terme semble devoir s’éclaircir, pour autant que les gouvernements africains s’attaquent vraiment aux difficultés rencontrées par les jeunes.

La dynamisation des secteurs économiques en plein essor et la création d’emplois passeront par les leviers d’opportunités que sont l’optimisation de l’éducation, les nouvelles technologies et l’urbanisation rapide. C’est paradoxalement dans les secteurs informel et agricole, longtemps considérés comme des freins, que l’on trouve le plus souvent cet esprit d’entreprise sans lequel les perspectives d’emploi des jeunes ne peuvent croître. Les pouvoirs publics doivent désormais s’employer à exploiter cette ressource.

Références

BAfD, OCDE, PNUD, CEA-ONU (2012), Perspectives économiques en Afrique 2012 : promouvoir l’emploi des jeunes, Paris.

Jütting, J. et J. de Laiglesia (2009), L’emploi informel dans les pays en voie de développement : une normalité indépassable ?, Études du Centre de développement, Paris.

Voir aussi www.oecd.org/dev-fr et www.oecd.org/developpement

©L’Observateur de l’OCDE n° 292, T3 2012




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