De la révolution de l’information à un monde fondé sur le savoir
À l’occasion des 50 ans de L’Observateur de l’OCDE, nous portons notre regard sur la mue profonde du monde de l’information et de l’économie mondiale depuis la création du magazine par Thorkil Kristensen, premier Secrétaire général de l’organisation, en novembre 1962.
En vingt ans, le monde a changé de façon irréversible sous l’effet d’une véritable révolution de l’information. Cela a-t-il amélioré nos vies et facilité notre travail ? La réponse est : oui, mais…
Prenons l’Internet. Les progrès décisifs des technologies de l’information et de la communication (TIC) ont facilité l’accès aux marchés, stimulé l’innovation et ouvert de nouvelles opportunités aux entreprises.
Énergie, éducation, alimentation, santé : tous ces domaines ont bénéficié des progrès technologiques, qui sont à l’origine d’une amélioration générale du bien-être à travers le monde et ont aidé les économies émergentes à devenir des locomotives de l’économie mondiale.
La révolution de l’information a transformé le mode de fonctionnement de nos économies et posé les bases d’un monde fondé sur le savoir. Ce nouveau monde devrait être mieux appréhendé par les décideurs.
Dans ce nouveau monde, la richesse provient de plus en plus des idées et innovations intégrées aux produits et services. C’est dans la recherche-développement (R-D), les logiciels, les marques, l’organisation, les structures de production et tant d’autres actifs « immatériels » que réside la compétitivité des entreprises et des pays.
De plus, dans cette économie du savoir, la production est éclatée entre des pays différents en termes de niveaux de revenus, de réseaux de R-D, de design et de marketing, de chaînes de montage et de gestion de la clientèle. Sans les TIC, il serait difficile d’intégrer toutes ces étapes de production pour créer des chaînes de valeur mondiales.
La crise a contraint les décideurs à rechercher de nouvelles sources de croissance dynamiques et à renforcer l’économie, d’où leur volonté de se positionner sur les chaînes de valeur mondiales. Par ailleurs, la concurrence pour les investissements très en amont de la chaîne de valeur souligne l’importance de l’éducation, des compétences et de la R-D. Tout cela remet en cause notre vision des échanges, notre manière d’investir dans l’éducation et la formation de nos citoyens ainsi que de contrer l’érosion des recettes fiscales, la matière imposable pouvant voyager d’un pays à l’autre selon des modalités toujours plus complexes.
C’est ce type de questions fondamentales que traite l’OCDE. En tant que plateforme de savoir dont l’information est la matière première, notre organisation est parfaitement adaptée à ce rôle. À tous les niveaux, nos travaux ont bénéficié de la révolution de l’information et des technologies, qui a transformé la collecte, la gestion, l’analyse, la publication et la diffusion des données, sans oublier leur protection. Grâce aux TIC, nous avons les moyens d’entretenir un dialogue plus régulier et de rapprocher nos pays membres et nos pays partenaires. Grâce aux TIC, l’OCDE diffuse toujours plus de connaissances, toujours plus largement et les actualise constamment à la lumière du bouillonnement intellectuel de notre temps, via les outils interactifs, les wikis et les forums publics, par exemple.
Le monde de l’information évolue rapidement. Le premier SMS a été envoyé il y a à peine 20 ans, en décembre 1992, mais les communications mobiles foisonnent déjà sur tous les continents. Bien plus récents, les médias sociaux passent déjà à l’ère des données massives. Comme nous le soulignons dans ce numéro, plus de données ont été produites en 2011 que dans toute l’histoire de l’humanité. L’OCDE investit dans les outils de gestion des connaissances dont elle a besoin pour rester à la pointe de ces tendances. Mais il faut aussi savoir prendre du recul, se poser des questions, débattre et faire preuve de discernement.
Dans son premier numéro, L’Observateur de l’OCDE s’interrogeait sur les facteurs de la croissance économique. Au regard de la pire crise de notre époque, cette question ne trouve toujours pas de réponse satisfaisante. Jamais nous n’avons disposé d’autant d’informations, et pourtant nous avons été incapables, si ce n’est d’empêcher cette crise financière, au moins de l’anticiper.
D’aucuns soutiennent que la révolution de l’information est l’une des causes de notre instabilité : sa rapidité est vecteur de volatilité – des transactions à haute fréquence sur les marchés financiers, par exemple – et occulte les mécanismes de corruption et de financement illicite. De réelles inquiétudes quant aux questions de vie privée accentuent un sentiment de méfiance largement répandu. L’OCDE prend ces problèmes au sérieux. Elle est déterminée à combattre les abus et à défendre l’idée que la révolution de l’information peut être à la fois source de connaissance et de confiance.
Élaborer de meilleures politiques pour un monde fondé sur une croissance durable et inclusive est primordial. À travers notre initiative « Nouvelles approches face aux défis économiques », lancée en 2012, nous avons engagé une réflexion sur nos modèles de croissance et commencé à étudier de nouveaux paradigmes qui intègrent pleinement l’équité et l’environnement.
Cette vaste mobilisation de connaissances passe par la coopération. C’est en exploitant habilement et dans un esprit d’ouverture les connaissances et les idées que nous construirons un avenir meilleur. La révolution de l’information nous donne les moyens de faire les bons choix.
Voir www.observateurocde.org/angelgurria
Voir aussi www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral
©L’Observateur de l'OCDE N˚ 293 T4 2012
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