Après la finale

Réflexions sur la Coupe du monde de football en Afrique du Sud

© Mark Wessels/Reuters

L’Afrique du Sud est devenue en 2010 le premier pays africain à accueillir la Coupe du monde de football de la FIFA, qui est l’un des plus grands événements sportifs mondiaux. Peut-on parler de triomphe, et quels enseignements en tirer ?

L’Observateur de l’OCDE : Vous avez été membre du Comité organisateur local pour la Coupe du monde 2010 de la FIFA. Était-ce un grand défi pour votre pays ?

D’emblée, notre démarche a été de montrer au monde notre aptitude à accueillir un événement aussi prestigieux et à achever les infrastructures nécessaires à temps. Le travail a commencé en mars 2006. Le Trésor a élaboré un outil de gestion et un cadre budgétaire pour bien circonscrire le projet global, composé de 24 projets de base qui, mis en place selon les recommandations de la FIFA, garantissaient la réussite de l’opération. De plus, l’Unité de coordination gouvernementale de 2010 a créé des projets-modèles comportant jalons, calendriers, « livrables », etc.

Le Trésor a élaboré des modèles de financement et de gestion des projets, pilotant notamment un dispositif rigoureux d’alerte précoce des dépassements de coûts, ainsi que la bonification des intérêts des emprunts contractés par les villes-hôtes pour leurs infrastructures. Le gouvernement a également mis en place ses propres structures de coordination et de contrôle, à savoir le Comité de coordination technique et le Comité interministériel, présidés respectivement par le vice-ministre des Finances et par le vice-Président.

La charge financière a dû être lourde.

Les principaux facteurs de coût étaient la construction des stades, les transports, les infrastructures informatiques, l’immigration, les douanes et les passages frontaliers. Initialement, 8,4 milliards ZAR (800 millions USD) ont été budgétés pour la construction des stades, mais ce montant a été revu à la hausse (13,5 milliards ZAR) en raison d’ajustements monétaires et d’augmentations du coût des intrants. Quelque 13,3 milliards ZAR ont été mis de côté pour les infrastructures de transports publics et le réseau routier.

L’impact économique – direct, indirect et induit (par les recettes) – de la construction des stades s’est élevé à 15 milliards ZAR. Environ 7,4 milliards ZAR ont concerné des transferts aux ménages, dont quelque 2 milliards ZAR aux ménages à faible revenu. La Coupe du monde a représenté environ 0,4 % de PIB réel en 2010, soit une contribution voisine de 4,9 milliards ZAR (37,7 milliards ZAR nominaux).

La modernisation de l’aéroport international OR Tambo et de celui du Cap a considérablement facilité les déplacements des touristes et des avions. D’autres infrastructures sociales – hôpitaux et dispensaires proches des villes-hôtes – ont elles aussi été revues. Certains établissements scolaires ont été choisis comme sites d’entraînement, et des équipes de football ont pris en charge leur mise à niveau et ont participé à des séances d’entraînement des élèves.

Pour vous, quels bénéfices durables l’Afrique du Sud a-t-elle retirés de l’accueil de la Coupe du monde ?

Selon les autorités nationales, l’accueil de la Coupe du monde 2010 de la FIFA a été un catalyseur du développement et de l’investissement infrastructurel, et un événement non pas ponctuel, mais véritablement créateur d’emplois et moteur de la croissance économique. L’Afrique du Sud a atteint un objectif stratégique – accueillir avec succès un tournoi, ce qui a instillé un grand sentiment de fierté nationale parmi les Sud-Africains – et renforcé son image internationale. On estime qu’environ 450 000 spectateurs et touristes se sont rendus en Afrique du Sud pour la Coupe du monde.

Celle-ci a aussi permis de doter le pays de stades, d’aéroports, de voies ferrées et d’autres transports publics, ainsi que de technologies de l’information et de diffusion et d’autres systèmes dont il pourra se servir durablement.

Le tourisme et les activités d’hébergement ont aussi tiré un grand profit du tournoi, et le renforcement de la cohésion sociale a été un autre bienfait, immatériel, précieux pour le pays.

Les préparatifs de la Coupe du monde ont livré plusieurs enseignements importants, dont la nécessité de fixer des résultats, des délais et des calendriers clairs et immuables, et de décider quels grands projets ou quels ministères sont concernés, et quels projets doivent étayer la préparation des résultats.

La Coupe a aussi créé une plateforme de coopération entre différentes entités publiques, et nous a appris que les prix des contrats externalisés doivent être fixes, de manière à éviter l’escalade des coûts.

Et des points négatifs ?

La maintenance de certains stades est un fardeau, et certaines municipalités concernées cherchent à innover pour en assurer la viabilité financière. L’escalade des coûts de construction a aussi représenté un défi. Certains entrepreneurs se sont entendus sur les prix, ce qui a donné lieu à une enquête, et la Commission de la concurrence leur a infligé des amendes.

D’après vous, comment le Brésil va-t-il gérer l’accueil de la Coupe du monde en 2014 ?

Le Brésil a récemment accueilli avec succès la Coupe des confédérations de la FIFA, et je crois que le pays n’a pas pris de retard dans ses préparatifs. Il est important que la Coupe du monde s’y déroule bien, pour montrer une nouvelle fois que les économies émergentes sont tout aussi capables que les pays développés d’accueillir des événements mondiaux.

Si vous aviez un conseil à donner au Brésil, quel serait-il ?

Privilégier les contrats à prix fixes et éviter les projets « glamour ».

Voir www.southafrica.info/2010

Voir aussi www.oecd.org/afriquedusud

© L’Observateur de l’OCDE n° 296, T3 2013




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