PISA et la France : accélérer les réformes

AFP/Pascal Pavani

Les résultats de l’enquête 2012 du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE, qui couvre 65 pays, sont publiés ce mardi 3 décembre. 

Cette vaste comparaison internationale menée tous les trois ans est devenue un moyen clé de jauger les performances des systèmes éducatifs nationaux. Pour la France, le message qui en ressort régulièrement est « peut mieux faire ». C’est encore le cas cette année. En cette période de vifs débats autour des projets de réforme de l’école, quelles leçons le gouvernement tire-t-il de PISA 2012 ? Vincent Peillon répond à L’Observateur de l’OCDE.

L’Observateur de l’OCDE : Que vous inspire l’enquête PISA et quelles sont les actions prioritaires de la France pour améliorer les performances des élèves ?

Vincent Peillon : Les constats dressés par PISA 2012 confirment les tendances dégagées depuis plusieurs années par d’autres évaluations nationales et internationales quant à l’état du système éducatif français : malgré l’ouverture massive de l’enseignement secondaire, nous ne parvenons pas à porter l’ensemble de nos élèves à un niveau satisfaisant. Trop d’élèves sont en difficulté – leur part s’est même accrue ces dix dernières années – et notre école fait pire que reproduire les inégalités sociales, elle contribue à les accentuer.

Nous avons engagé depuis un an et demi la refondation de l’école, qui vise à réduire les inégalités et à favoriser la réussite de tous. PISA 2012 conforte notre diagnostic et souligne que nos réponses vont dans la bonne direction ; enfin, il nous incite à accélérer les réformes.

Pour remédier à la baisse du niveau moyen des élèves, il faut en priorité s’occuper de ceux qui rencontrent le plus de difficultés. Il est important de comprendre que l’attention portée aux élèves en difficulté ne nuit pas aux meilleurs – bien au contraire. Non seulement les meilleurs n’ont pas besoin de l’échec des autres pour réussir, mais surtout les pédagogies développées pour accompagner ceux qui ont le plus de mal à apprendre bénéficient à tous. Les comparaisons de PISA le montrent : les systèmes les plus égalitaires, qui luttent le mieux contre les déterminismes sociaux et contre les écarts de niveau scolaire, sont souvent aussi les plus performants – je pense au Canada ou à la Finlande.

Nous avons donc décidé de concentrer les moyens nouveaux dont nous disposons sur la lutte contre la difficulté scolaire et les inégalités sociales. À cette fin, nous donnons la priorité à l’école primaire, car c’est là que se scellent trop souvent les échecs scolaires, quand les savoirs fondamentaux ne sont pas assimilés. Cette priorité se traduit par plusieurs milliers de créations de postes dans l’enseignement primaire, permettant la mise en œuvre de dispositifs pédagogiques innovants et efficaces : par exemple, « plus de maîtres que de classes », pour un suivi au plus près des élèves ; ou le renforcement de la scolarisation des moins de trois ans, pour favoriser l’acquisition du langage et la préparation aux apprentissages fondamentaux des tout petits, notamment dans les quartiers défavorisés.

Quelles mesures spécifiques aux enseignants pourraient faire la différence ?

L’OCDE le souligne dans tous ses rapports : la qualité de la formation des enseignants est la clé majeure de la réussite. Nous reconstruisons donc une formation professionnalisante, permettant aux nouveaux enseignants de rentrer progressivement dans leur métier. Pour obtenir des résultats plus rapides, nous engageons également un effort important sur la formation continue, notamment via le numérique.

Par ailleurs, les programmes scolaires actuels ne permettaient pas aux enseignants de conduire tous leurs élèves à la maîtrise du socle commun. Ils seront désormais conçus par cycles et leur refonte complète en fera des outils cohérents et efficaces, au service des pratiques des enseignants, plutôt que des catalogues de connaissances et de compétences à acquérir. Et les discussions en cours sur le métier d’enseignant permettront de mieux reconnaître l’engagement des professeurs au sein de leur établissement, en faveur de la réussite des élèves.


Quelles sont les principales vertus du système éducatif français et comment comptez-vous les valoriser ?

Vous avez raison d’y insister, notre système a de grandes qualités qui méritent d’être reconnues et développées. Je pense notamment à notre école maternelle, qui doit être confortée dans ses missions. L’éducation prioritaire fait certes face à de nombreuses difficultés, mais elle constitue un espace d’innovation essentiel ; nous améliorerons les conditions de travail des enseignants qui y exercent. C’est le chantier que j’ouvrirai dès janvier prochain. Enfin, nous enregistrons cette année des résultats très encourageants en matière de lutte contre le décrochage scolaire, que nous devrons prolonger l’an prochain.

Voir www.oecd.org/pisa/

et le profil PISA de la France : www.oecd.org/pisa/keyfindings/PISA-2012-results-france.pdf

Voir aussi www.education.gouv.fr/

©L’Observateur de l’OCDE T4 2013




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