Agir pour les jeunes

Les politiques en faveur des jeunes sont déterminantes pour bâtir une société plus forte, plus juste et plus saine après la crise.

Dans le monde entier, la crise continue de faire sentir ses effets, particulièrement visibles sur les marchés du travail en déclin de nombreux pays. Les jeunes ont été très durement touchés et risquent d’être durablement marqués par le chômage, voire l’exclusion. Pour eux, le chômage est souvent synonyme de difficultés matérielles, de perspectives moroses et de retard dans les étapes clés du passage à l’âge adulte, comme le départ du domicile parental ou la fondation d’une famille. Or, ces étapes sont essentielles à la santé et au bien-être.

À eux seuls, les chiffres du chômage devraient inciter les pouvoirs publics à agir. Depuis 2008, le chômage des jeunes a considérablement augmenté, pour dépasser 16 % dans la zone OCDE. Dans certains pays comme l’Espagne et la Grèce, il touche plus de 50 % des jeunes, hommes ou femmes. La proportion de jeunes déscolarisés et inactifs a également explosé, et seules l’Allemagne, la Norvège et la République tchèque échappent à cette tendance. Le chômage a progressé chez les 25-34 ans, particulièrement chez ceux qui n’ont pas achevé leurs études secondaires.

Six ans, c’est fort long pour un jeune. Ceux qui ont 18 ans aujourd’hui étaient encore enfants lorsque Lehman Brothers a fait faillite en 2008, et ceux qui avaient alors 18 ans sont devenus les jeunes travailleurs ou demandeurs d’emploi d’aujourd’hui.

Quel avenir construisons-nous pour les jeunes et pour nous-mêmes ? Du fait de la crise, les jeunes non qualifiés seront confrontés à des salaires plus bas et à des perspectives de carrière limitées, avec à la clé un accroissement des inégalités, de l’exclusion et de la fracture sociale. Cette génération risque d’être « sacrifiée » et de faire peser une charge supplémentaire sur nos sociétés vieillissantes. Mais il est encore temps d’inverser la tendance, en adoptant sans délai des mesures pour développer les compétences des jeunes et leur offrir un meilleur départ dans la vie.

Même en période de prospérité, il est plus que justifié de mener des politiques de la jeunesse ambitieuses. À l’aise avec les technologies numériques, il leur est naturel de travailler avec les outils informatiques. Il devrait donc être d’autant plus facile de les préparer à une économie où le capital intellectuel et les chaînes de valeur mondiales jouent un rôle clé. Comme l’indique l’étude PISA de l’OCDE, les compétences les plus faciles à enseigner sont aussi celles qui sont les plus faciles à numériser. Les politiques de l’éducation et de l’emploi sont essentielles pour exploiter ce nouveau potentiel.

La mobilité internationale devient de plus en plus la norme pour des millions de travailleurs et d’étudiants, pour lesquels le monde est à la fois un lieu d’apprentissage et un marché du travail. Les politiques en ce sens permettront aux pays de mieux exploiter les talents à l’échelon national et international, et de gravir les chaînes de valeur mondiales.

Les politiques en faveur des jeunes sont déterminantes pour bâtir une société plus forte, plus juste et plus saine après la crise. Les jeunes sont conscients de la nécessité de lutter contre le changement climatique, la corruption ou les inégalités. Mais la crise et sa gestion trop souvent erronée ont sapé la confiance et cultivé le scepticisme et l’indifférence au lieu de la solidarité dont nous avons besoin. Les questionnaires de l’indicateur du vivre mieux de l’OCDE, auxquels ont répondu des citoyens du monde entier (voir www.oecdbetterlifeindex. org/fr), montrent bien que l’engagement civique est une dimension du bien-être considérée comme secondaire.

Nous devons investir davantage dans le ciment de nos sociétés : la confiance, la solidarité et l’égalité des chances ! En premier lieu, les décideurs doivent veiller à ce que les jeunes prennent un bon départ dans la vie. Pour les y aider, l’OCDE élabore un Plan d’action pour les jeunes, qui sera présenté lors de la Réunion du Conseil au niveau des ministres de mai 2013.

Le Plan d’action de l’OCDE associera des mesures pour stimuler la croissance inclusive et l’emploi à court terme à des initiatives à moyen terme en faveur de l’éducation, de la formation et du droit du travail, dans le but de favoriser l’employabilité et de générer des emplois formels décents. L’action menée sur le marché du travail (garantie de revenu adaptée en période de chômage, services d’orientation et de formation professionnelles, incitations à la recherche active d’emploi) sera déterminante.

L’apprentissage, les stages et l’accès à l’entrepreneuriat seront au coeur de cette action, ainsi que la réduction des coûts et des obstacles réglementaires à l’emploi des jeunes, quelles que soient leurs compétences. La coopération entre employeurs et travailleurs sera encouragée.

Le Plan préconise des systèmes de formation professionnelle plus réactifs, capables de préparer les jeunes à la vie active tout en renforçant leur confiance en eux. Une attention particulière doit être accordée aux groupes vulnérables, comme les jeunes déscolarisés et inactifs et les immigrés, ainsi qu’aux élèves issus de milieux défavorisés, qui doivent recevoir une éducation préscolaire de meilleure qualité et améliorer leurs perspectives d’avenir.

L’OCDE a constitué une vaste base de connaissances sur les politiques en faveur des jeunes, notamment sur les questions d’éducation, de formation, d’entrée dans la vie active ou d’entrepreneuriat, qui seront mises à profit par le Plan d’action et actualisées.

Nous devons aider les pouvoirs publics à lutter contre le fléau du chômage et de l’exclusion des jeunes, mais aussi à s’engager auprès des jeunes pour cultiver leur potentiel et leur offrir les opportunités motivantes auxquelles ils aspirent. Il est grand temps d’investir pour les jeunes et d’élargir enfin leurs horizons.

Références

www.observateurocde.org/angelgurria

www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral

Voir le rapport Des débuts qui comptent, des emplois pour les jeunes

©L’Observateur de l’OCDE n° 294, T1 2013




Données économiques

PIB +0.5% T2 2019
Échanges exp -1.9% ; imp -0.9% T2 2019
Inflation annuelle 1.6% septembre 2019
Chômage 5.1% août 2019
Mise à jour: 6 novembre 2019

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