Des incitations en douceur

L'Observateur de l'OCDE

La plupart d’entre nous pense sans doute prendre des décisions avec intégrité, mais les sciences comportementales nous démentent. Nous n’avons souvent même pas conscience–quand nous le faisons–de nous écarter des normes éthiques, simplement parce que nos justifications et la partialité de nos jugements faussent notre perception même de ce qui constitue une atteinte à l’intégrité.

Les responsables publics élaborent généralement des politiques de lutte contre la corruption fondées sur la rationalité des décisions humaines, qui visent un objectif plus élevé que la bien basse – hélas  – réalité. Mais il pourrait être plus judicieux d’intégrer la faillibilité ou l’irrationalité humaine dans la conception des politiques.

Si les modèles fondés sur la rationalité des décisions donnent corps à des politiques privilégiant contrôles et sanctions, les politiques fondées sur les sciences comportementales visent à influer en douceur sur la réflexion morale individuelle et la dynamique sociale pour inciter les gens à améliorer leurs comportements et leurs choix éthiques. Ainsi, l’expérimentation menée par la Secretaría de la Function Pública au Mexique, avec le concours du centre de recherche CIDE, a envoyé plusieurs types de messages de rappel aux agents de la fonction publique leur demandant d’enregistrer les cadeaux qu’ils avaient reçus. Résultat, le nombre de cadeaux enregistrés pendant la période de Noël a augmenté par rapport aux années précédentes et par rapport au groupe de contrôle n’ayant pas reçu ces messages. Les messages rappelant aux agents publics leurs obligations légales et faisant appel à leur impartialité et à leur honnêteté ont toutefois eu plus d’effet que ceux faisant état de sanctions ou d’enregistrements effectués par des collègues.

Les sciences comportementales peuvent aussi faire ressortir les problèmes tenant au mode de répartition des responsabilités dans un système d’intégrité. Lorsque la responsabilité est largement diluée entre les acteurs concernés, chacun se sent individuellement moins responsable d’une faute commune : la culpabilité est moindre lorsqu’elle est partagée. Ainsi, quand un candidat passe un examen en sachant que tous les autres s’entraident, ne pas tricher le désavantagera. Il peut donc penser qu’il n’a guère le choix. De telles situations doivent être repérées et réglées par des interventions extérieures et une ferme répression.

L’élaboration des politiques a toujours fait abstraction de la nature humaine qui n’est pas toujours rationnelle, cependant l’approche opposée pourrait contribuer à orienter en douceur les politiques en faveur de l’intégrité et de la lutte contre la corruption dans le bon sens, en les rendant non seulement plus efficaces, mais aussi plus humaines.

OCDE (2018), Behavioural Insights for Public Integrity: Harnessing the Human Factor to Counter Corruption, Examens de l'OCDE sur la gouvernance publique, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264297067-en

©OCDE Observateur n°315, T3 2018




NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2019