Table ronde de l’Observateur de l’OCDE sur la Finlande

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À l’occasion du 50e anniversaire de l’adhésion de la Finlande à l’OCDE, nous avons invité cinq personnalités à répondre à la question suivante : Selon vous, en Finlande, quelle réalisation a marqué ces 50 dernières années et quel est le principal défi des pouvoirs publics pour les cinquante prochaines années ?

Annamari Arrakoski-Engardt, secrétaire générale de la Fondation John Nurminen

Juhana Aunesluoma, historien et directeur de recherches au Centre d’études européennes de l’Université d’Helsinki

Anni Huhtala, directrice générale du Centre national de la recherche économique

Mari Kiviniemi, directrice générale de Kaupan liitto (Fédération finlandaise du commerce)

Pirita Näkkäläjärvi, consultante en stratégie, élue Sami de l’année 2017

Annamari Arrakoski-Engardt, secrétaire générale de la Fondation John Nurminen

À qui appartient la mer Baltique ? Eh bien, à tout le monde et à personne, ce qui fait de sa protection un défi très stimulant ! La mer Baltique, avec neufs pays riverains, compte près de 90 millions d’habitants dans la zone du bassin versant.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, désireux de bâtir un monde meilleur, nous avons cultivé la terre et répandu sur celle-ci autant d’engrais que possible afin d’obtenir de bonnes récoltes. Nous avons construit des usines et avons massivement rejoint les villes.

Nous avons, depuis, compris que nous déversions dans notre mer intérieure des quantités de nutriments et de déchets qu’elle ne pouvait pas absorber. Nous avons provoqué une eutrophisation, qui pose sérieusement problème aujourd'hui.

Nous sommes toutefois en train de faire marche arrière, grâce à des organisations comme la nôtre, des sociétés et des autorités locales. Aujourd’hui, les eaux usées sont correctement assainies avant d’être rejetées dans la mer Baltique. Dans le golfe de Finlande, nous sommes parvenus à réduire considérablement (75 %) la charge annuelle du milieu en phosphore. Ce chiffre record découle d’une coopération internationale, et, surtout, de la concentration active de notre action sur deux sites extrêmement sensibles du golfe de Finlande : Saint-Pétersbourg et une grande usine d’engrais également située en Russie, près de la ville de Kingissepp.

Le défi des cinquante prochaines années consiste à continuer de protéger la mer Baltique pour les générations futures. Après tout, nous et nos prédécesseurs sommes responsables de cette crise : il nous incombe donc de la résoudre. Les tâches que nous avons à accomplir sont complexes. Dans le domaine de l’agriculture, par exemple, il nous faut trouver un moyen de préserver les nutriments des sols. L’application de gypse sur les sols, qui est une innovation entièrement finlandaise, mérite d’être citée ici. Nous devons définir des méthodes novatrices pour sauver la mer Baltique. Pourrions-nous, par exemple, trouver un moyen de récupérer les nutriments présents dans les fonds marins ?

D’excellentes idées germent dans les petites et les grandes entreprises : à nous de les exploiter. Nous devrons assouplir notre administration et notre système fiscal en créant de nouveaux mécanismes de financement et en abaissant les seuils de financement des entreprises. En conciliant financement et volonté de payer, la Finlande peut établir de nouveaux records et mener le peloton.

Twitter : @AArrakoski

Voir également : www.johnnurmisensaatio.fi/en


 
Face au défi du vieillissement, la Finlande peut-elle aussi être en tête ?

Juhana Aunesluoma, historien et directeur de recherches au Centre d’Études européennes de l’Université d’Helsinki.

La plus grande réalisation de la Finlande ces cinquante dernières années est son système éducatif. Depuis la fin des années 60, le pays a bâti un système qui fonctionne bien : il est ouvert et offre à tous une éducation de qualité. Il couvre l’ensemble du territoire national, y compris les zones les moins densément peuplées, et les établissements scolaires sont socialement et culturellement mixtes. Sur le plan international, la Finlande est très bien classée en matière d’acquis scolaires. Elle est forte, en outre, d’un secteur de la recherche et du développement compétitif qui s’appuie sur les points forts de son système d’enseignement supérieur et sur les investissements dans la recherche fondamentale. Pour un pays de taille relativement modeste, universités, chercheurs et professionnels finlandais jouent dans la cour des grands.

Actuellement, le plus grand défi de la Finlande est le vieillissement de sa population. Les tendances démographiques actuelles font pression sur le marché du travail et sur le financement des services de santé et des services sociaux. La Finlande a besoin de l’immigration pour remplacer et renouveler sa main-d’œuvre mais peine à établir les objectifs et les priorités de sa politique migratoire. Les services publics subissent des pressions financières ; une réforme globale du système de sécurité sociale s’impose, mais elle se fait attendre. Sous l’effet du vieillissement, les services sociaux et les services de santé risquent d’absorber une part croissante des dépenses publiques, et ce au détriment du développement des systèmes d’éducation, de formation et de recherche et développement, mais aussi des infrastructures économiques et commerciales. Il est essentiel que la Finlande relève ces défis afin de conserver, à l’avenir, son système nordique d’assistance et de sécurité sociales, c’est-à-dire son modèle social fondamental.

Twitter : @aunesluoma

Voir également : www.helsinki.fi/en/networks/centre-for-european-studies



Des avancées au plan environnemental… mais qu’en est-il de l’égalité d’accès ?

Anni Huhtala, directrice générale du Centre national de la recherche économique

Le lien entre croissance économique et environnement est sujet à controverse. Il est possible de voir dans le réchauffement de la planète une preuve du manque de clairvoyance et de la cupidité des hommes. À l’inverse, les immenses progrès qui ont été accomplis en termes d’assainissement en milieu urbain et d’amélioration de la qualité de l’air et de l’eau sont des exemples de l’évolution constante de la condition humaine, rendue possible par les avancées technologiques.

La Finlande est surnommée le « pays des mille lacs ». Dans les années 60, encore, un quart de sa population vivait à proximité de plans d’eau très pollués. À cette époque, la Finlande était un pays relativement pauvre comparé à son voisin suédois, par exemple. La croissance de l’économie nationale s’est accompagnée d’une réorientation des politiques environnementales et industrielles qui a visé à promouvoir l’amélioration de la qualité de l’eau. Dans les années 70, un traitement efficace des eaux usées a été mis en place dans les stations d’épuration municipales. Toutefois, certains grands lacs étaient encore trop pollués, rendant la baignade et la pêche impossibles. Au moment de l’apparition de nombreuses papèteries, qui créaient des emplois et des opportunités économiques, la dégradation environnementale était simplement perçue comme le prix à payer pour le progrès. Un tournant décisif s’est opéré dans les années 80. Aujourd’hui, la qualité de l’eau est classée excellente ou bonne sur 80 % de la superficie totale des lacs finlandais. Les eaux à proximité des installations industrielles, en particulier, se sont assainies ces dernières années.

Il serait intéressant de déterminer qui profite en réalité le plus de cette amélioration de la qualité de l’eau ainsi que de l’offre accrue d’activités de loisirs : les riches en profitent-ils davantage que les pauvres ? Les pays nordiques comme le nôtre sont fondamentalement différents de beaucoup d’autres pays en ce sens qu’ils garantissent un droit d’accès universel à tous les espaces naturels. Une offre inéquitable des aménités environnementales n’est pas souhaitable : on ne peut l’éviter qu’en intégrant les problématiques de distribution dans la planification environnementale. C’est l’un des principaux défis que devra relever la future politique environnementale de la Finlande, à l’heure de la lutte contre le réchauffement climatique et les émissions de gaz à effet de serre.  

Twitter : @vatt_tutkimus

Voir également : https://vatt.fi/en/environment-energy-and-climate-policy



Des réformes pour préserver notre bien-être

Mari Kiviniemi, directrice générale de Kaupan liitto (Fédération finlandaise du commerce)*

La Finlande s’illustre sur la scène internationale dans tant de domaines qu’il est difficile de n’en citer qu’un. Elle obtient des scores élevés dans la plupart des dimensions de l’Indicateur du vivre mieux de l’OCDE, et se démarque en matière de bien-être, d’éducation et de compétences, de qualité de l’environnement et de sécurité individuelle. De plus, les inégalités de revenu, mesurées par le coefficient de Gini, y sont parmi les plus basses de l’OCDE. Enfin, la Finlande se situe en tête de nombreux classements non officiels, comme le Good country index et le World Happiness Report de l’ONU.

Tous ces indicateurs vont dans le même sens : les Finlandais sont parvenus à développer leur pays, leur économie et l’ensemble de la société de manière globale et inclusive.

Pourtant, la Finlande fait face à des défis nationaux et internationaux. L’activité et le développement futurs de cette petite économie ouverte pourraient pâtir des tensions géopolitiques et du protectionnisme, deux phénomènes qui gagnent de l’ampleur. Libre-échange et participation active aux chaînes de valeur mondiales sont les deux conditions requises pour garantir la qualité de la vie dans la Finlande de demain. Mais l’affaiblissement de la capacité de l’Union européenne à faire face à de multiples enjeux pourrait également avoir des répercussions négatives sur l’avenir de la Finlande. 

À l’échelle nationale, le plus grand défi consiste à trouver une façon de préserver le niveau élevé de bien-être. Pour atteindre cet objectif, des réformes structurelles s’imposent pour rétablir la compétitivité, augmenter la productivité et soutenir l’emploi. Il faut améliorer le fonctionnement du marché du travail et renforcer les incitations au travail. La science, la technologie et l’innovation jouent un rôle plus important que jamais pour soutenir la croissance et l’emploi et faire face aux grands enjeux de notre époque, depuis le développement et le changement climatique jusqu’à la santé mondiale. C’est pourquoi la R&D et l’éducation auront besoin d’un soutien permanent et de ressources financières suffisantes.

Un autre défi que nous devrons relever consistera, d’une part, à conserver notre volonté et notre capacité de réforme et, d’autre part, à maintenir un niveau élevé de fonctionnement de la société et de l’économie finlandaises. Nous aurons encore besoin à l’avenir de l’expertise de l’OCDE pour éclairer et encourager notre action.

*Mari Kiviniemi a été Secrétaire générale adjointe de l’OCDE

Twitter : @marikiviniemi

Voir également : https://kauppa.fi/eng/



Le tour de force des parents Sami

Pirita Näkkäläjärvi, consultante en stratégie, élue Sami de l’année 2017

L’une des plus importantes réalisations de la Finlande est l’enseignement des langues sames, dans le cadre de l’instruction élémentaire, aux enfants samis et dans la région Sami. Il s’agit d’un droit, qui n’aurait jamais été reconnu sans l’impulsion des parents d’élèves.

Nous, les Samis, sommes un peuple autochtone. Les frontières des États finlandais, norvégien, suédois et russe ont divisé nos terres. Notre culture, notre langue, notre histoire et notre vision du monde diffèrent de celles des peuples majoritaires. En Finlande, sont parlés le same du Nord, le same d’Inari et le same skolt.

Nos parents sont les héros de cette histoire. Ils se sont battus pour que nous puissions apprendre à lire et à écrire le same et recevoir une instruction dans notre langue maternelle.

Quand la réforme de l’instruction élémentaire a été mise en place, dans les années 70, une loi a été adoptée en vue d’organiser l’enseignement de la langue same, sous réserve que les parents en fassent la demande. Compte tenu des opinions anti-Samis et des relents de racisme qui persistaient en Finlande à cette époque, il fallait beaucoup de courage pour demander des cours de langue same pour son enfant.

Depuis, le développement de l’enseignement a été le fruit d’efforts conjoints déployés par les parents, les enseignants, les autorités finlandaises et le parlement sami. Quand j’avais huit ans, en 1986, mon cousin et moi avons été les deux premiers enfants du pays à recevoir un enseignement en langue same. Mais quand mes nièces sont entrées à l’école, après 2015, les classes d’Inari où l’on parlait same comptaient déjà plus d’élèves que celles où l’on parlait finlandais.

Il reste un long chemin à parcourir. Par exemple, les moyens manquent pour financer les supports pédagogiques utilisés dans l’enseignement du same. La plupart des manuels sont assez défraîchis : certains ont près de vingt ans. Nous attendons des pouvoirs publics qu’ils endossent davantage de responsabilités dans notre lutte commune et qu’ils fassent en sorte que les trois langues sames de Finlande soient préservées et développées.

Twitter : @biret

Voir également : https://piritanakkalajarvi.com/


Cet article fait partie d’une série consacrée à la célébration du 50e anniversaire de l’adhésion de la Finlande à l’OCDE www.oecdobserver.org/finland50oecd

©L’Observateur de l’OCDE, mars 2019

à lire aussi sur: Finland, roundtable, finnish



NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

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